“Chloé”, sur Prime Video, un thriller psychologique subtil aux échos hitchcockiens

Un conteur interfère avec un groupe d’amis fortunés endeuillés par un suicide. Une mini-série élégante, entre suspense et étude psychologique.

“Chloé”, le titre de la mini-série d’Alice Seabright, est hanté par d’autres noms – Rebecca, Marnie. Les héroïnes troublées et inquiétantes d’Hitchcock, telles des fées sorties de l’asile, se sont penchées sur la première création de ce jeune auteur-réalisateur anglais, passé par le salle des écrivains de Éducation sexuelle. Marraines traumatisées, borderline, persécutées ou paranoïaques ? C’est précisément la question que l’on se pose sur le protagoniste de Chloe, qui d’ailleurs ne s’appelle pas Chloé mais Becky, à moins que ce ne soit Sasha, le pseudonyme qu’elle prend pour infiltrer, avec une facilité effrayante, un groupe de mondains Bristol, en quête de réponses sur le suicide de l’une d’elles, la célèbre Chloé.

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Becky / Sasha est-elle mauvaise ou bien intentionnée ? La question nous tourmente et traverse l’esprit de ses nouveaux amis, mais la transfuge de classe (qui revient chaque soir dans le modeste bungalow de sa mère atteinte d’Alzheimer) déjoue leurs soupçons avec un brio amusant. Chloe offre d’abord le même genre de plaisir que la série de Shonda Rhimes Inventer Anna, à propos d’un autre arnaqueur de génie jouant au freeloader parmi la jet-set new-yorkaise.

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Pourtant, l’héroïne incarnée avec une affabilité reptilienne par Erin Doherty (princesse Anne de La Couronne) se révèle rapidement plus friable, moins matérialiste. En cours de route, la duplication de Becky et son obsession pour les images Instagram de feu Chloé nous parlent moins de vengeance que d’anxiété sociale. Coincée dans la fusion et le jugement maternels, Becky se sent sans valeur aux yeux de tout le monde. Et la série, avec des inserts illustrant ses pensées avilissantes, met en scène sa peur panique d’être atomisée par leur regard, si par malheur elle se présentait sans l’armure d’une fausse identité. Bonne idée d’offrir à la jeune femme un complice – l’amant intermittent qui la voit et l’aime telle qu’elle est – pour montrer qu’il est aussi relaxant que périlleux d’être soi-même.

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Combustion lente

Dans ce thriller finalement plus intimiste que banal, la profusion des prénoms reflète l’identité plurielle d’une fille qui voudrait sauver une autre fille, tout en ressentant la tentation de lui voler la vie. Venant grossir la vague des portraits de femmes obsédées par l’autre – tendance forte, du film de Justine Triet Sibylle à la série israélienne Perdre Alice –, Chloe sonde ce qu’il y a de rivalité et d’attirance dans les relations féminines. Au fil de faux flashbacks, en réalité les fantasmes et pressentiments de Becky, nous descendons dans la grotte originelle, où s’est formé son lien avec la femme disparue.

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Tout n’est pas maîtrisé : les effets de ressasser, inégalement dosés, enlisent un peu l’histoire, et certains personnages sont incompréhensiblement sous-exploités. Mais en préférant la combustion lente à la théâtralité, Alice Seabright parvient à inverser sa proposition initiale, pour nous conduire là où la supposée sociopathe se retrouve une proie potentielle. Cette glissade fluide donne lieu à des scènes de suspense domestique qui vous font vraiment peur. Rebecca, es-tu là ?

Ont
q Chloe, thriller créé par Alice Seabright, Grande-Bretagne, 6 × 50 min. Sur Prime Vidéo.

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