critique qui enterre Breaking Bad sur Netflix

JIMMY UNE PAUSE

Spin-off et série sœur de Breaking Bad, Tu ferais mieux d’appeler Saul a depuis ses origines d’innombrables liens avec ses aînés. De la grammaire visuelle qui le préside le plus souvent, en passant par son décor, sa philosophie d’action et de montage, et bien sûr ses personnages ou encore certains de ses thèmes, les pierres d’achoppement entre les deux créations ne manquent pas. Et quoi de plus logique, l’existence du second dépendant directement du formidable engouement suscité par le premier. Pourtant, à y regarder de plus près, les aventures de Saul Goodman auront choisi de revenir comme un gant aux préceptes de son modèle, et ce jusqu’à son ultime – et brillante – saison.

Walter White était une incarnation de la corruption du rêve américain, ou une dénonciation de ses appétits cachés. Goodman est une figure opposée, un type vantard, intelligent, voire espiègle, mais étonnamment bon. Et s’il s’efforce d’enjamber les haies plantées devant lui par la loi ou la morale commune, c’est avant tout parce que la société qui l’entoure, jusqu’à son cercle le plus intime, le cantonne au rôle d’escroc.

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Cours à Vegas

Un épouvantail bien pratique pour tous ceux qui l’observent, le futur spécialiste du blanchiment d’argent, s’il épouse peu à peu les anti-valeurs auxquelles tout le monde le cantonne, se ménage pourtant des échappatoires, des (vaines) tentatives de rachat, ou à la limite moins pour protéger son âme des déviations qui la caressent. Depuis la finale effrayante de la troisième saisonqui propulsait un drame familial directement dans un tourbillon existentiel infernal, il était permis de croire que l’intrigue devenait finalement jumelle de son aînée.

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En effet, alors que Jimmy s’est transformé en Saul, on pourrait être tenté d’y voir un parcours parallèle à celui de Walter White, qui peu à peu a appris à accepter l’ignominie de ses ambitions et son goût sincère pour la violence et la domination. Sauf que caramba, encore raté, Tu ferais mieux d’appeler Saul rappelle, au gré d’un dernier tour aux soubresauts totalement imprévisibles, qu’il ne s’agissait pas d’un écho ou d’une pitoyable répétition.

Tu ferais mieux d'appeler Saul: photo, Bob OdenkirkMettre au vert

LA BEAUTÉ DES GESTES

Nous ne sommes jamais que la somme de nos actions. Tel pourrait être le mantra de cette fable amère et pourtant optimiste, réalisée par Peter Gould et Vince Gilligan. Leur goût pour la physicalité des situations, leur attachement à la matérialité n’est pas nouveau, et appliqué en partie aux mésaventures de Walter White. L’importance accordée ici au mouvement, au jeu de dominos tantôt subtil, tantôt destructeur généré par chaque action est redoublée.

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Mais comment pourrait-il en être autrement ? Alors que chaque personnage voit son vice personnel se refermer sur lui, l’arrestation, la fuite ou la survie sont parfois la conséquence d’un bonbon mal coupé, d’un pas incertain, d’un verre oublié ou d’une farce avec une chute approximative. Les rouages ​​de la tragédie apparaissent à la fois opaques et limpidescar ils mettent tant de temps à révéler l’effet de chaque tour de manivelle, sans nous cacher leur mécanique.

Tu ferais mieux d'appeler Saul: photo, Bob OdenkirkLà où il y a Gene, il n’y a pas de plaisir

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Au cœur palpitant de ce dispositif, Kim et Jimmy, un couple infernal mais désarmant, mus par un amour total, assez fort pour faire abandonner à chacun d’eux toutes les sauvegardes morales. D’où une première partie de saison passionnante à travers le regard inverse qu’elle prend. La saison 5 s’est terminée avec la promesse d’une vengeance impitoyable de Lalo, synonyme d’un jeu de massacre explosif ?

On va continuer avec la mise en place d’une arnaque de couple cosmique, aussi gratuite qu’ambitieuse, avec la réputation de collègue détesté en vue. Entre maman j’ai raté l’avion et une relecture plaisante de Cassavetes, on se demanderait presque quelle mouche a piqué les scénaristes. Une mouche bien identifiée, tout droit sortie des romans de Jimmy Thompson, maître du roman noir, chroniqueur de génie des spirales d’amour toxiques comme des fées méticuleuses. Tu ferais mieux d’appeler Saul cette année double le désespoir… avant de le retourner comme un gant.

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Tu ferais mieux d'appeler Saul: photo, Rhea SeehornLa vraie héroïne ?

LA GRANDEUR DES PETITS DÉTAILS

L’un des plus beaux paradoxes de cette dernière saison sera de nous apporter de l’émotion et des chocs justement là où on ne les attendait pas. où on ne les attendait plus. L’alliance délétère de Kim et Jimmy n’appellera pas un raz de marée dans forme de vengeance mexicaine, et les choix de l’un ou de l’autre ne leur promettent pas non plus une damnation mutuelle. Au contraire, pour sa dernière éruption, la série fait d’abord semblant de se tarir.

Le duo de showrunners avait pris soin de construire son histoire dès son premier épisode autour d’une pince narrative et esthétique. En effet, chaque saison s’ouvrait sur une séquence ou une poignée de scènes en noir et blanc, situé dans une autre temporalité, à plusieurs années de distance du cadre principal de l’ensemble. Plus cohérents saison après saison, ils devaient prendre forme et se révéler plus qu’un effet de style agréable, faute de quoi ils se transformeraient en un soufflé pas assez cuit.

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Mieux vaut appeler Saul: photo, Michael MandoQuand ça ne veut pas…

Au fil des années, on aura découvert le quotidien fastidieux de cet aspirant ténor du bar devenu baryton du cartel, reconverti in extremis à la gestion d’un stand de supermarché. Une goutte de destin insidieux, en noir et blancoù les aspérités de la personnalité agitée de Jimmy ont progressivement émergé.

Jusqu’à ce que cet équilibre soit rompu au profit d’un épisode au ton grave et tranchant, entièrement situé dans le “présent” voleur en cavale. Pas seulement Tu ferais mieux d’appeler Saul s’est autorisé, à trois chapitres de sa conclusion, à sautez presque tous les personnages établis pour introduire une galerie de nouveaux personnages. Un geste presque suicidaire, qui contrastait en termes de rythme et d’image, tout en redistribuant toutes les cartes auxquelles les spectateurs étaient habitués jusqu’alors.

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Du coup parfaitement désenchanté, tant par la soif d’escroquerie qui préside à nouveau à l’existence de son personnage principal, que par la prise de conscience du public l’inévitabilité du cataclysme qui couvel’histoire se pare donc des atours du grand film noir.

Tu ferais mieux d'appeler Saul: photo, Bob OdenkirkLa nuit du chassé

KIM DES BRUMES

Sauf qu’ici, l’absence de couleur n’est ni une norme technique ni une coquetterie graphique. Si les ombres du monde se sont retirées, c’est parce que celui qui prétend s’appeler Gene Takavic, après avoir a escaladé son Golgotha ​​personnel pour devenir l’éblouissant Saul Goodmanvu tous les pigments de l’univers s’estomper.

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C’était évident, sinon annoncé. Tu ferais mieux d’appeler Saul était une histoire d’amour. Celui de deux humains bosselés, fascinés l’un par l’autre, et dont le pas de deux ne pouvait se faire qu’en dansant sur les crânes de leurs semblables. Et précisément parce que Saul Goodman n’est pas Walter, Kim n’est pas Skyleraucun d’eux n’a pu suivre la horde d’assassins furieux qui les attend au cours de cette dernière saison.

Et c’est ainsi que cette dernière fournée nous bouleverse deux fois. Quand, grâce au jeu chirurgical de Rhea Seehorn, Kim déclame dans le même mouvement son amour imprescriptible, et la nécessité qu’il soit interrompu. Quand, enfin, Bob Odenkirk transforme son protagoniste en hérosrompant avec le déterminisme qui a toujours présidé à l’œuvre de Vince Gilligan jusqu’à présent.

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Tu ferais mieux d'appeler Saul: photo, Bob OdenkirkUne dernière carte à montrer

C’est quand Jimmy/Saul/Gene n’a plus aucun intérêt à jouer contre lui, aucun intérêt à l’empathie, qu’il se montre capable de faire un choix. Pas tant pour sauver son ex-femme Kim Wexler, que pour sauver l’amour qu’il a pour elle, et qui l’a sauvé. Vieilli, abasourdi, déterminé à se sacrifier, Goodman porte enfin son nom en transformant le tribunal réuni pour le juger en confessionnal.

Et la série se termine par la répétition de ce qui fut l’une de ses toutes premières scènes. Jimmy et Kim, adossés à un mur, fument à tour de rôle la même cigarette, dans un sublime pastiche de film noir. A la différence près que notre couple est désormais dans la situation inverse des débuts de la série. De silhouettes noires se détachant sur l’horizon coloré du Nouveau-Mexique, elles se sont métamorphosées en archétypes étonnamment fulgurants du cinéma d’hier, soudain affranchies de leur programme initial.

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Et alors que leurs routes se séparent, loin de la caméra leurs pupilles pétillantes et striées de larmesque leurs colonnes vertébrales se redressent, c’est un peu de nous que ces deux âmes abîmées ont sauvées.

La dernière saison de Better Call Saul est disponible en intégralité sur Netflix

Tu ferais mieux d'appeler Saul : photo

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