De Kubrick à Almodovar : 10 idées de mise en scène géniales – Actus Ciné

Liaisons époustouflantes, ellipses mises en scène avec talent… : ces plans cinéma vous ont laissé sans voix tant ils sont bien pensés ! Voici 10 trouvailles inoubliables de réalisateurs inspirés.

MGM

Almodovar, Kubrick, Welles, Spielberg, Bunuel… Pour n’en citer que quelques-uns. De nombreux cinéastes nous ont offert des moments inoubliables de cinéma avec leurs œuvres, régulièrement entrecoupées de brillantes idées de mise en scène, dont certaines ont marqué durablement la rétine et notre mémoire cinéphile. En voici dix.

Le montage sur la serviette dans “Julieta”


Pathé Distribution

Présenté à Cannes et en salles en mai 2016, le dernier opus de Pedro Almodovar avait quitté le Festival les mains vides, non sans avoir marqué les esprits et les cœurs. Portrait d’une femme brisée par la perte des êtres qui lui étaient les plus chers, Julieta plonge dans les affres de la relation féminine la plus passionnée qui soit : celle d’une mère avec sa fille et par extension d’une femme avec elle. – même et… le passage du temps.

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Preuve s’il en est de la parfaite alchimie existant dans le film entre le fond (plein de noirceur) et la forme (pleine de sens), le raccord de serviette est frappant. D’un seul plan, l’enfant de l’héroïne essuie les cheveux mouillés et le visage en lambeaux de sa mère déprimée (Adriana Ugarte) puis soulève la serviette, révélant des traits soudainement vieillis (ceux d’Emma Suarez) par le mal-être et le temps. Une manière efficace et diablement élégante de souligner les méfaits de la dépression et la soudaineté du vieillissement… qui attaquent sans crier gare.

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La séquence en question…

Le miroir dramatique dans “Contact” de Robert Zemeckis

Une jeune et brillante astronome (Jodie Foster) se souvient de la mort de son père alors qu’elle n’était qu’une enfant. Un moment fondateur pour l’héroïne, brillamment mis en scène par Robert Zemeckis : la petite fille qui vient de découvrir son père effondré sur le sol, court à l’étage chercher ses médicaments. Musique dramatique et ralenti sur son parcours annoncent déjà la tragédie en cours. Sans la moindre coupure, ce que l’on croyait être un simple travelling objectif apparaît comme un plan qui semble avoir été entièrement tourné dans le miroir de l’armoire à pharmacie. Bluffant.

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Si l’on examine attentivement le plan séquence, on se rend compte qu’il a en fait été inversé à 180° en post production, la preuve en est la rambarde de l’escalier à gauche dans le sens de la descente quelques fois plus tôt, et… encore à gauche dans le sens de la montée. L’effet miroir saisissant de la scène repose sur une adéquation parfaite, avec une retouche numérique qui laisse apparaître le fameux miroir à gauche. Le but de cette prouesse technique ? Insister sur le reflet de la mémoire traumatique, obsessionnelle, cruciale.

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Un plan à découvrir ci-dessous…

L’ellipse dans “2001, l’odyssée de l’espace” de Stanley Kubrick

Un hominidé jette un os en l’air, qu’il a réussi à maîtriser comme outil et même comme arme. Propulsé dans les airs, l’objet retombe et “devient” un vaisseau spatial de forme similaire et dont la trajectoire ascendante est la même que celle de l’os. Le tout sur la musique significative “Thus Spoke Zarathustra” de Richard Strauss suivi de “Beautiful Blue Danube” de Johann Strauss.

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S’il ne fallait retenir qu’une scène du mythique 2001, l’Odyssée de l’espace, ce serait celle-ci. Dans une liaison simple, sans transition et sans casser le mouvement en cours, Stanley Kubrick relie deux époques très éloignées l’une de l’autre : en une seconde réelle à l’écran, des millions d’années d’évolution -décisive- sont suggérées. Une somptueuse réflexion sur le temps de l’espace et de l’espèce (devenue “maître et possesseur de la nature”)…

Jetez un oeil ci-dessous…

Le choc de “Un chien andalou” de Luis Bunuel

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Ils n’auraient pas aimé que nous analysions ne serait-ce qu’un des plans fous de leur Chien Andalou, eux qui “s’amusaient” pour ce film au jeu du “cadavre exquis”, exercice “surréaliste” consistant à enchaîner toutes les images choquantes nées de leurs inconscients respectifs, sans aucun désir de rationalisation. Et pourtant, difficile de résister au commentaire de ce court métrage, fruit de l’imagination débridée d’un Salvador Dali et d’un Louis Bunuel inspiré.

Le plus marquant et inoubliable de ce chef-d’œuvre ? Les plans juxtaposent l’image d’une lame de rasoir fendant un œil et d’un nuage effilé coupant la lune. Une connexion imaginée par Luis Buñuel lui-même, emblématique de la violence et de la beauté de sa première œuvre. Une œuvre dans laquelle l’auteur se met en scène en acteur du sacrilège, showman de l’inmontrable, créateur d’une réalité poétique qui déchire les voiles de la perception et ébranle le spectateur, invité à “voir d’un autre œil que d’habitude”. Juste ça.

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La séquence ci-dessous…

Le retour dans le passé de “Citizen Kane” chez Orson Welles

Difficile de citer un seul plan de ce chef-d’œuvre absolu du cinéma, sujet incontournable des cours d’analyse de l’image. Et encore. Parmi les séquences virtuoses (l’ouverture notamment) et les rapprochements les plus judicieux de Citizen Kane, nous avons choisi de retenir le moment du film qui met en scène pour la première fois un flash-back : celui où Orson Welles révèle l’enfance de son héros grâce à un fondu au blanc permettant de superposer la neige à la lettre du narrateur.

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Aussi impressionnant que difficile à réaliser compte tenu du décor, le fameux travelling qui suit laisse peu à peu Charles en arrière-plan, montrant d’abord sa mère, puis la maison et les négociations qui s’y déroulent. Une mise en scène directe (le chariot doit éviter la table située dans le champ) pleine de sens, qui après avoir déplacé le point de vue à l’intérieur de la maison familiale, oppose l’univers libre de l’enfant à celui rigide des adultes, figé car sous contrainte . Le surcadrage du petit garçon (par la fenêtre puis par le cadre lui-même) signale judicieusement son enfermement progressif.

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Voir ci-dessous…

Citizen Kane - Extrait VOST "L'enfance de Charles"





L’allumette brûlante dans “Lawrence d’Arabie” de David Lean

Six ans avant 2001, l’Odyssée de l’espace et Kubrick, David Lean signe une scène d’anthologie née là aussi d’une filiation à la symbolique très forte. Le charismatique Lawrence d’Arabie souffle sur une allumette pour l’éteindre. Couper. Un beau lever de soleil se profile sur le désert.

Une pure séquence de deux plans joignant l’infiniment petit (la flamme) à l’infiniment grand (la lumière du soleil), là pour souligner la mégalomanie du personnage, convaincu d’être un démiurge, un surhomme capable de surpasser les autres et le sien. condition, en niant ses souffrances et en faisant des miracles.

Quoi qu’il en soit, ce plan, probablement l’un des plus célèbres du cinéma américain, a profondément marqué un jeune garçon promis à un grand avenir : Steven Spielberg.

Le voici à nouveau…

Les corps figés dans “Hiroshima mon amour” d’Alain Resnais

Une des plus belles séquences d’ouverture du cinéma français, toute de douceur et de douleur mêlées. Dans Hiroshima mon amour, l’étreinte est fondatrice qui se joue dès les premières secondes entre un homme et une femme qui ont survécu à l’horreur. A quoi ressemblent les amoureux d’Hiroshima ? A des fragments (car filmés en plans rapprochés) d’êtres figés, semblant surgir d’un bain de cendres avant de fondre, en sueur.

En liant ainsi ses plans troublants, aux accords étrangement inoubliables de Georges Delerue et de Giovanni Fusco, Alain Resnais souligne à quel point l’amour a été et sera toujours teinté de mort et du poids de la mémoire, la fusion de corps abîmés rappelant fusion (puis fission)… nucléaire.

Un fade aussi poétique qu’édifiant, à revoir ici :

Le cadre tendu dans “Mommy” de Xavier Dolan

Xavier Dolan, dès le départ, a montré à quel point il savait maîtriser le langage cinématographique pour transmettre les émotions les plus excessives. De tous ses films virtuoses, Mommy est incontestablement le chef-d’œuvre, sachant allier la fièvre du prodige passionné et la maîtrise du réalisateur confirmé. Menée par le jeune Antoine-Olivier Pilon, la scène clé du film se joue sur les accords du tube d’Oasis, Wonderwall.

Dans une séquence clippée pendant laquelle il skate en musique et en liberté, le jeune héros (sorte d’alter ego enragé du fougueux Dolan) écarte les bras et suivant son mouvement, le cadre s’élargit du format inhabituel choisi pour le film (1 :1) à celui plus habituel (1:85:1) utilisé par le cinéma.

Les bandes noires latérales qui, en plus d’oppresser le spectateur, exprimaient jusqu’ici l’enfermement des personnages, disparaissent d’un seul geste, donnant de l’air au décor et à ses héros, autorisés à croire désormais à un avenir meilleur. Une belle échappée audacieuse et ingénieuse, qui fait littéralement exploser les cadres de la mise en scène, au plus près des sentiments des personnages.

La séquence de la roue de la douleur dans “Conan le barbare” de John Milius

Une autre belle façon d’illustrer la force du temps qui passe. Dans Conan le Barbare, le jeune homme devenu esclave après le massacre de sa famille, se retrouve enchaîné, contraint pendant des années à faire tourner une énorme roue dite “de la souffrance”. Il sera le dernier survivant à le déplacer, devenant au terme de son entraînement forcé le héros invincible que l’on connaît.

La séquence de John Milius, qui enchaîne les plans sur les jambes de plus en plus musclées de Conan, a l’art de condenser en quelques secondes ces années de souffrance qui, après avoir forgé son corps et son esprit, ont fait d’un jeune garçon (Jorge Sanz) un homme. (Arnold Schwarzenegger), devenu indestructible à la force du poignet.

La mémoire en fumée dans “The Man Who Shot Liberty Valance” de John Ford

A la fin du film culte de John Ford, Doniphon (John Wayne) explique à Ransom Stoddard (James Stewart) qu’il n’a pas, comme il le pense, tué le célèbre Liberty Valance (Lee Marvin). “Souviens-toi”, ajoute-t-il, face au regard hébété de son interlocuteur. En crachant la fumée de sa cigarette, Wayne introduit le flashback : le plan devient flou avant de devenir noir. Noir qui représente en fait son dos et qui se défait au fur et à mesure qu’il passe au plan suivant, laissant apparaître l’image…

Le souvenir émane de la fumée, l’obscurité émane du corps de Wayne… Deux rapprochements brillants, qui expriment à la fois le caractère évanescent des images qui vont suivre et le côté obscur et sombre du héros qui les crée, par son geste et par son corps. Une manière judicieuse pour Ford de conférer ici à Wayne le statut de réalisateur de la mémoire et donc du film, qui repose tout entier sur cet instant passé… charnière.

Double couplage, double sens :

L'homme qui a tué Liberty Valance Extrait vidéo VF





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