La critique du retour du roi

SAINT ROI

Il faudra quelques minutes pour que le visage d’Elvis Presley soit enfin montré. En repoussant le dévoilement de son étoile, Baz Luhrmann en fait l’objet central. Comme un tapis derrière un lourd rideau rouge, le spectateur est impatient de découvrir Austin Butler déguisé en King ou plutôt comme un jeune prince.

Fascinant, hypnotique, Austin Butler est la grande révélation deElvis. Malgré les réticences de certains, il parvient à incarner parfaitement l’homme qui a fait rêver toute une génération. De ses hanches qui se balancent de renommée mondiale à ses micro-expressions et mouvements de cheveux, l’acteur est plus que fidèle à qui il personnifie. Car oui, quand tu joues Elvis Presley, tu ne joues pas qu’une célébrité, tu incarnes une légende.

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Elvis : Photo Austin ButlerL’ancêtre de Danny Zuko

Vendu au spectateur comme un dieu vivant, grâce à la narration très lourde de l’impresario (seul vrai hoquet du film), il est aussi mis en scène comme tel. De la même manière qu’Elvis attirait tous les regards, Butler attire la caméra comme un aimant, et ce jusqu’au bout, même quand le visage du Roi a changé et qu’il n’est plus que le fantôme de lui-même.

Comme on pouvait s’y attendre, Elvis ne déroge pas à la règle classique du biopic consistant à montrer des flashbacks de célébrités, mais cette deuxième partie plus calme n’est pas moins intéressante que la première partie au rythme effréné. En fait, il aurait été dommage de se concentrer uniquement sur les moments glorieux où le roi est tombé et s’est retrouvé complètement dopé, artificiellement maintenu en vie par des rapaces.

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Celui qu’on nous décrivait comme un oiseau prêt à prendre son envol, s’est retrouvé privé de ses ailes et s’est peu à peu desséché. Comme il l’a fait dans Gatsby le magnifique, Luhrmann s’intéresse à une figure tragique, bien qu’admirée de tousà un obsédé par la démesure qui subira les conséquences de sa renommée.

Elvis : Photo Austin ButlerL’objet de tous les désirs

le diable déguisé

Elvis n’oubliez pas de nous rappeler que la chute du roi du rock n’ roll est due en grande partie à sa rencontre avec le colonel Parker, imprésario diabolique, voire carrément machiavélique, qui voit en lui le gagne-pain idéal. Comme à son habitude, Baz Luhrmann n’y va pas avec le dos de la cuillère et fait de Tom Hanks un véritable méchant de dessin animétrès caricatural et adepte des “entourloupes” comme il le répète sans cesse.

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Plus qu’un profiteur, il est montré comme un monstre à travers des prothèses effrayantes et des effets visuels déformants, comme lors de la séquence dans la galerie des glaces de la fête foraine qui le rend aussi difforme qu’omniprésent. Il ne voit pas en Elvis un homme capable de changer le monde de la musique, mais un monstre capable de faire de lui le plus riche des hommes, ce qu’il sera pour un temps. D’abord présenté comme le maître de la danse, il devient une mère porteuse du Roi.

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Elvis : Photo Austin ButlerL’ombre qui lui colle à la peau

En plus de faire de son personnage principal l’idole des foules, le cinéaste rappelle qu’il est aussi première victime historique du merchandising. Le visage séduisant et provocateur d’Elvis se retrouve collé sur des coussins, tasses et autres objets en tous genres. Habilement, Baz Luhrmann fait sa petite leçon d’histoire médiatique et insiste sur l’intérêt d’avoir des détracteurs et l’importance aussi, pour le Colonel, de faire du profit sur leur dos, car oui, tout est toujours une question d’argent.

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Intensément musical, Elvis utilise également la musique pour refléter l’état d’esprit du personnage, il devient un fil rouge leur permettant d’insister sur leurs émotions. Ainsi, lorsque le Roi défie l’autorité et décide de ne pas s’installer, il fait sa chanson Difficulté emblème de sa liberté, et quand il se retrouve coincé à Las Vegas alors qu’il voulait parcourir le monde, c’est évidemment Esprits suspicieux il chante et la fameuse phrase « Pris au piège » prend alors tout son sens.

Elvis : Photo Austin Butler, Tom Hanksécheveaux maléfiques

Elvis surprend également lorsqu’il cite la nouvelle et décide de ne pas faire du King une star universelle, mais une célébrité de son temps, qui répond constamment aux préoccupations de son temps et qui en est surtout influencé. Engagé contre la discrimination raciale, Elvis Presley est présenté comme une personne politisée qui ne pourra jamais vraiment faire entendre sa voix en raison de l’aspect non vendeur de la politique. Ça doit rester un rêve, un fantasme.

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Luhrmann fait de ce désir d’engagement un véritable défi pour son personnage, cantonné à se taire et à faire bonne figure malgré quelques moments de rébellion grisants. Touché par les assassinats du sénateur Bob Kennedy et de Martin Luther King, subjugué par la ségrégation qui sévit jusque dans ses concertsElvis souffre de son impuissance.

Si le film aurait pu se concentrer simplement sur la figure d’Elvis, “l’homme blanc qui chantait comme un homme noir”, il rend aussi hommage à ses influences musicales et à son amour pour le rhythm and blues et le gospel. Un amour qu’il a depuis son enfance, depuis qu’il est touché par la grâce de la musique noire et un gospel qui le transcende. Big Mama Thornton, BB King ou encore le jeune Little Richard font leur apparition et montrent une autre facette des années 1950-70 en évoquant ces artistes qui n’avaient alors pas le droit de passer à la radio.

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Elvis : Photo Shonka DukurehGrande maman Thornton

LE TOURBILLON DE baz

S’il ne fallait connaître qu’une chose sur Baz Luhrmann avant de voir Elvisc’est qu’il aime étourdit ses spectateurs et clairement, son nouveau film ne fait pas exception à son style sacré. Si le montage est déjà électrique, enchaînant des plans parfois très courts dans une frénésie vertigineuse, le cinéaste se permet aussi des expérimentations visuelles entre écran partagé à gogo et même une séquence animée en bande dessinée.

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Baz Lurhmann prouve une fois de plus qu’il aime les montages-séquences et ceux-ci fonctionnent à merveille, surtout lorsque la musique qui les accompagne est anachronique, rendantElvis un objet visuel pop. Comme à son habitude, le cinéaste ne se contente pas de raconter une histoire, il utilise toutes les possibilités techniques en sa possession pour expliquer son propos, ce qui pourrait dérouter certains. La caméra tourbillonne, zoome puis dézoome, les plans se succèdent frénétiquement et des sons extradiégétiques chatouillent constamment nos oreilles.

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Elvis : Photo Austin ButlerHypnotique

Mais cette identité visuelle n’interfère jamais avec le récit biographique et, comme on ne saurait imaginer un biopic sur Marilyn Monroe sans un plan où sa robe blanche s’envole, on ne saurait imaginer un biopic sur Elvis sans une pelletée de moments devenus iconiques et Baz Luhrmann l’a bien compris. La reconstitution de certains passages désormais inscrits dans la pop culture est d’un réalisme impressionnant et on le doit en partie à Catherine Martin, la décoratrice, costumière et accessoirement compagne de Baz Luhrmann, directeur artistique sur tous ses films.

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Que ce soit lorsqu’il est obligé de se couper les cheveux pour aller à l’armée, lorsqu’il revient tout de cuir vêtu pour son retour à la télévision ou lors de ses performances à Vegas, Austin Butler s’efface derrière le King et les connaisseurs d’Elvis seront très probablement touchés par cette soif de réalisme. Luhrmann intègre habilement des images d’archives tout au long de son film, des images qui passeront inaperçues aux yeux des spectateurs non avertis, mais qui séduiront les admirateurs du King et confirmeront que Baz Luhrmann a fait un travail passionnant de reconstitution.

Elvis : affiche officielle

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