le cercle infini de la lutte des femmes

NETFLIX – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

L’idée qu’a eue Johanna Demetrakas est assez jolie : pour son documentaire Féministes. a quoi pensaient-ils? (que l’on pourrait traduire par « Les féministes. Qu’ont-ils imaginé ? »), la réalisatrice s’est entretenue, quelque quarante-cinq ans plus tard, avec des femmes que Cynthia MacAdams avait photographiées pour son livre Émergence (Macmillan, 1977). Parmi ceux-ci – où l’on croise de grands noms du féminisme historique : auteurs, artistes et musiciens notamment –, certains ont un pincement au cœur (parfois traduit en plaisanterie) en redécouvrant ce livre et en constatant les années qui ont passé mais qui s’usent magnifiquement.

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Sur ces plans en noir et blanc dont la force éclate, la nudité est fréquente, à la fois naturelle et politique. Marcy Vaj se regarde jouer du violon dans le dispositif le plus simple : “Je me vois avant tout écouter ma voix intérieure”, commente-t-elle. Toute une époque… Mais quelle époque ! Les récits des années de lutte sont variés : du pouvoir élémentaire de dire non aux intrus (ce ” Non ” que Jane Fonda dit connaître « depuis seulement dix ans qu’il constitue une phrase complète… ») aux expériences traumatisantes des avortements illégaux, comme les trois que la photographe Aloma Ichinose a dû subir, au Mexique, dans des conditions terribles.

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La psychothérapeute Phyllis Chesler, auteur du célèbre les femmes et la folie (1972, traduction publiée en 1975 chez Payot avec une préface d’Hélène Cixous), et la plasticienne Judy Chicago interviennent plus longtemps que d’autres. En 1974 et 1980, la documentariste avait également consacré deux films à cette dernière, notamment sur son installation Le dîner (1974-1979).

Constat amer

On entend des propos doux-amers sur les prêtres et leur pouvoir moral ; la jeune réalisatrice Wendy JN Lee – qui, avec quelques autres, ne fait pas partie de la génération photographiée par Cynthia MacAdams – se souvient comment on a tenté de remettre un prix qui lui revenait à l’un de ses acteurs plutôt qu’à elle…

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Pour la compositrice et interprète Laurie Anderson, “il y a quelque chose de fondamentalement non agressif chez les femmes […], qui ont le don de comprendre le monde non pas comme un grand arc narratif mais comme un tissu où tout s’entremêle. » Des femmes lesbiennes et/ou afro-américaines parlent de leur différence et de leurs combats. Mais sans mettre au pilori le mâle blanc dominant. De plus, leur humour est parfois une arme plus tranchante : « Les seules qui se disent féministes parmi mes amies, dit Wendy JN Leesont les hommes, parce que ça les rend cool… »

La force de ce documentaire, sorti en 2018, tient en grande partie au constat amer de ces femmes, dont certaines venaient de descendre dans la rue en 2017, une “chapeau de chatte” sur la tête, en signe de protestation contre les propos sexistes, vulgaires et intolérables de Donald Trump. Aujourd’hui, le film prend une teinte crépusculaire alors qu’une décision de la Cour suprême des États-Unis vient d’infirmer le célèbre jugement Roe. contre. Wade qui garantissait le droit à l’avortement depuis 1973. Car, comme le dit Johanna Demetrakas au début de son film, “ces images nous rappellent que ce challenge est toujours d’actualité”.

Féministes. a quoi pensaient-ils? documentaire de Johanna Demetrakas (UE, 2018, 86 min) .

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