le western, un genre plutôt masculin

Dans le magnifique “First Cow”, diffusé ce soir sur OCS City, les hommes cueillent des myrtilles et font la lessive. Un parfait exemple de film qui, parmi d’autres, déconstruit les codes virils du western.

Le western, avant, c’était simple : des durs à menton costauds, des chevauchées fantastiques, des duels de larigot, des bagarres d’ivrognes dans le saloon… Autrement dit, de l’essence de testostérone concentrée, étalée – “propagation humaine” – à l’écran, au service de valeurs volontiers patriotiques, colonialistes et, le plus longtemps possible, misogynes.

Aujourd’hui, les choses se compliquent : les hommes ne comparent plus forcément la taille de leur Colt, comme dans La rivière Rouge, mais celui de leurs rêves… Avec Première vache, sur OCS ce dimanche 3 juillet, Kelly Reichardt déconstruit la mythologie virile du Far West. Ses héros ne sont pas les trappeurs qui peuplent l’Oregon des années 1820, mais un cuisinier et un immigrant chinois. Deux amis délicats et sensibles, se sont lancés dans une entreprise risquée : la nuit, ils puisent secrètement le lait de la seule vache présente sur le territoire pour confectionner et vendre de délicieux beignets qui pourraient assurer leur fortune. La conquête de l’Occident, pour ces doux rêveurs, passe par celle de l’estomac. Et comme horizon grandiose, c’est l’ouverture d’une boulangerie qui monopolise leurs esprits.

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Inversion des rôles

Pas de tenue sauvage, donc, au programme de leurs aventures modestes, mais néanmoins dangereuses. S’ils risquent leur tête avec leurs manigances laitières, les complices sont surtout filmés dans un quotidien domestique doux et ritualisé. Ces deux-là font la lessive, cousent, cuisinent, balayent et décorent leurs intérieurs, confectionnent un clafoutis aux canneberges… Reichardt renverse les rôles habituellement associés à la condition féminine, s’amusant à déplacer le regard. Même dans une scène de saloon où un grand type arrive avec un berceau, sous les plaisanteries des autres clients. A qui il s’empresse de balancer des mandals, papa poule, certes, mais un peu susceptible tout de même.

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Chronique domestique, naturaliste et gourmande, ce film est aussi et surtout une touchante histoire d’amitié, de fraternité, sans concurrence ni rapports de force. Un hymne à la solidarité, une sorte d’anti-western, drapé dans les clinquants du genre.

Shirley Henderson, Zoe Kazan et Michelle Williams dans

Shirley Henderson, Zoe Kazan et Michelle Williams dans “The Last Track”, de Kelly Reichardt (2010). Un film où la femme impose sa sage autorité à l’homme habillé et défaillant.

Evenstar Films/Film Science/Harmony Prod./Primitive Nerd

Ce n’est pas la première fois que le cinéaste renverse les codes du “Wild Wild West” : en La dernière piste (diffusée le 7 juillet sur OCS), elle avait déjà revu et corrigé le mythe, le ramenant à ses aspects les plus triviaux : marcher sous un soleil implacable, préparer le thé, faire un feu, aller chercher de l’eau… L’histoire suit le cheminement laborieux, anti-spectaculaire au possible, d’un convoi de pionniers, hommes et femmes perdus dans l’Oregon, tentant de survivre dans l’enfer d’un désert minéral. Rien d’héroïque dans cette chronique minimaliste et sensorielle où se dessine au passage une inversion des rapports de force entre le trappeur vantard engagé pour guider le convoi et l’une des femmes du groupe (Michelle Williams). Petit à petit, l’autorité de cette mère sage et déterminée finira par supplanter celle du macho censé savoir où il va – et en réalité totalement désemparé. Déclin d’une masculinité de moins en moins triomphante face à l’affirmation du pouvoir féminin.

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Certes, Hollywood n’a pas attendu les années 2000 pour bousculer la figure du cow-boy et les codes du western. En plaçant parfois les femmes au premier plan (Joan Crawford dans Johnny Guitare, ou Marlène Dietrich dans LAnge des maudits) ou, plus généralement, en grattant l’image du mâle dominant, sans faiblesses ni doutes (Impitoyable, L’Homme qui tua Liberty Valance, L’Homme de l’Ouest, Little Big Man…). Mais depuis quelques années, l’exploration des origines du mythe américain passe, de plus en plus ouvertement, par celle du psychisme et des névroses intimes. Avec l’adaptation du roman de Thomas Savage Le pouvoir du chien (sur Netflix), Jane Campion s’amuse à démêler la masculinité toxique, tout en expliquant le sous-texte homo-érotique qui traverse le genre depuis ses débuts.

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Un des premiers contre-exemples du genre,

L’un des premiers contre-exemples du genre, “Johnny Guitar”, de Nicholas Ray (1954), où le rôle de Joan Crawford ne se limite pas à la cuisine et à la séduction (ou inversement).

République

Ainsi Phil, le cow-boy hargneux (Benedict Cumberbatch) règne sans partage sur ses terres du Montana dans les années 1920, tout en vivant dans le souvenir, visiblement amoureux, de son mentor décédé, Branco Henry. . Si Phil rend triste la femme de son frère et son fils, Peter, un garçon trop féminin à son goût, c’est lui, le mâle alpha, qui finit par craquer, face à cet adolescent qui suscite en lui autant de répulsion que de fascination. Au moment de sa sortie, le roman a provoqué l’indignation pour avoir osé rayer l’image trempée d’acier du héros du Far West. Jane Campion, elle, s’empare de cette histoire vénéneuse pour évoquer, avant tout, la vulnérabilité et la solitude des hommes des grandes plaines.

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Ang Lee, en 2005, racontait magistralement la violence des sentiments contenus, avec Le secret de Brokeback Mountain (sur Netflix). La chronique d’un amour secret et impossible entre deux cow-boys, des années 1960 aux années 1980, dans une Amérique rurale conservatrice. Avec ce côté gay de Sur la route de Madison, le cinéaste s’est emparé des codes du western pour livrer un mélodrame émouvant, dont les héros se voyaient condamnés à endosser le masque d’une masculinité figée, hétéronormative, à trahir leurs sentiments pour se conformer aux règles du jeu social.

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Brady Jandreau dans « The Rider », de Chloe Zhao (2017).

Brady Jandreau dans « The Rider », de Chloe Zhao (2017). “En tant que féministe, je pense qu’il est très important de dire aux filles qu’elles peuvent être fortes, mais il est également important de dire aux garçons qu’ils peuvent être vulnérables”, a déclaré la réalisatrice.

Films de bandit / Caviar

Ceux qui ne respectent pas, ou plus, sont les magnifiques losers qui peuplent les films de Chloé Zhao. Avec lui, le western devient le lieu de la marge, des oubliés du système. Dans Le cavalier (sur Disney+) dévoile la magnifique et poignante figure d’un jeune cow-boy amérindien, condamné à ne plus monter à cheval après un accident de rodéo. Sa fragilité : la plaque de métal plantée dans sa tête, une véritable bombe à retardement, qui peut l’anéantir, tout comme un accident de voiture a brisé le destin de son meilleur ami, désormais en fauteuil roulant… La masculinité montrée ici est celle des hommes bosselés , pour certains polyhandicapés, reconvertis en employés de supermarché, vivant de l’aide sociale et des illusions perdues. « En tant que féministe, je pense qu’il est très important de dire aux filles qu’elles peuvent être fortes, mais il est également important de dire aux garçons qu’ils peuvent être vulnérables. a expliqué le réalisateur dans un entretien avec Inrocks. « Je veux créer des images différentes auxquelles les jeunes hommes peuvent s’identifier. » Un jour les cow-boys, qui sait, n’auront plus à se cacher pour pleurer…

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Ont

s Plein Kelly Reichardt sur OCS City.

> Première Vache, avec John Magaro, Orion Lee, Ewen Bremner, Scott Shepherd, dimanche 3 juillet à 20h40

> La dernière piste, 6 juillet à 20h40

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