Mykhaïlo Fedorov, ministre ukrainien de la Tech : “C’est la guerre du passé contre le futur”

Il a fait sensation sur Twitter en exhortant, une à une, les multinationales à cesser de commercer avec la Russie. A 31 ans, Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Transformation numérique et vice-Premier ministre, est le plus jeune membre du gouvernement ukrainien. Mais cet utilisateur compulsif des réseaux sociaux ne se contente pas de faire parler de lui : il joue un rôle décisif dans cette guerre. Excellent connaisseur du monde des nouvelles technologies, il a mobilisé en un temps record une armée de geeks volontaires, l’IT Army, pour défendre le pays contre les cyberattaques et la désinformation. Il se bat également pour protéger un secteur plus que jamais essentiel à la survie de l’économie, pour numériser les documents administratifs des citoyens et pour multiplier les contacts avec la communauté tech internationale afin d’assurer un nouveau soutien à l’Ukraine. Entretien avec un doué.

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L’Express : pendant l’épidémie de Covid-19, vous vous êtes engagé à rassembler tous les services de l’Etat dans une application mobile, Diia. Cet outil a-t-il aidé la population depuis le début de la guerre ?

Mykhaïlo Fedorov : Notre projet principal est de digitaliser 100% des services publics au sein de Diia. Chaque interaction avec l’Etat doit pouvoir se faire en quelques clics. Même en pleine guerre, nous continuons à construire cet État numérique. Nous avons vu à quel point il est utile pour les Ukrainiens, militaires ou civils. Actuellement, l’application Diia est utilisée par plus de 17,5 millions de citoyens. Depuis le déclenchement de la guerre, nous l’avons adapté à cette réalité et nous lançons constamment de nouveaux services. Par exemple, la possibilité de faire des dons à l’armée en quelques clics, d’obtenir des documents numériques pour les personnes ayant dû fuir leur domicile sans papiers, ou encore de bénéficier d’aides financières publiques via une application. Le chatbot [NDLR : un logiciel qui dialogue avec l’utilisateur] eVorog permet également aux Ukrainiens de signaler l’emplacement des troupes ennemies à notre armée.

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Comment les Ukrainiens travaillant dans le secteur de la tech se sont-ils mobilisés pour aider leurs concitoyens et leur armée ?

La technologie joue un rôle très important dans ce conflit. Des entreprises ont donné des dizaines de millions de dollars, des spécialistes de la tech ont troqué leurs ordinateurs contre des armes et sont partis au front, d’autres protègent l’État ukrainien des rangs de l’armée informatique. Cette armée informatique rassemble des Ukrainiens et des professionnels internationaux de la technologie pour lutter contre les attaques russes sur le front cybernétique. Environ 250 000 personnes se sont jointes volontairement. Des tâches quotidiennes leur sont proposées sur les groupes Telegram [NDLR : une application de messagerie]. Chacun peut participer, à son niveau, d’une manière ou d’une autre.

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La tech est aussi l’un des rares secteurs qui, en pleine guerre, continue de fonctionner, et assure des rentrées régulières d’argent à l’économie ukrainienne. Ce secteur a su s’adapter rapidement à la nouvelle réalité militaire, grâce à des plans de crise préparés en amont. Plus de 80% du secteur a réussi à conserver entre 90 et 100% de ses contrats.

Vous avez appelé les entreprises technologiques du monde entier à aider l’Ukraine. Cela a-t-il porté ses fruits ?

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Dès le premier jour de la guerre, nous avons compris qu’il fallait adopter une stratégie radicalement différente pour contrer l’agression militaire russe. Les guerres modernes exigent des solutions modernes. C’est aussi la guerre du passé contre l’avenir. Le passé est plein d’équipements militaires, de chars volumineux et de mensonges éhontés. L’avenir est centré sur la technologie. C’est de là qu’est venue mon idée d’un blocus numérique. Nous nous sommes d’abord concentrés sur les géants mondiaux de la technologie. Comme nous avions déjà des contacts avec Apple, Google et Meta, les choses se sont passées très vite. Depuis, nous avons contacté des centaines d’entreprises à travers le monde. Nos messages sur Twitter ne sont que la pointe de l’iceberg. En parallèle, mon équipe passe son temps à échanger par mail, SMS, Zoom avec les entreprises et à organiser des rendez-vous avec elles. Le monde est maintenant noir ou blanc. Si une entreprise choisit de coopérer avec la Fédération de Russie, elle choisit le côté obscur. Il supporte automatiquement le carnage, la mort d’enfants et la destruction causée par les missiles. La plupart des entreprises ont rejoint notre démarche en imposant des sanctions, en quittant le marché russe et en cessant d’y moderniser leurs équipements. En Russie, il n’est plus possible d’acheter un MacBook, de s’abonner à Netflix, d’utiliser une carte Visa/Mastercard ou de se rendre en Europe sur un vol direct. La Russie s’isole. Les plus sains d’esprit fuient le pays parce qu’ils savent qu’il n’y a pas d’avenir heureux là-bas.

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Les Starlinks par Elon Muskces fournisseurs d’accès Internet par satellite, vous ont-ils aidé ?

Dès le début de la guerre, nous avons compris qu’il nous fallait un mode de communication alternatif, en parallèle avec les réseaux existants. C’est pourquoi nous avons contacté Elon Musk sur Twitter. Depuis lors, nous avons reçu environ 13 000 terminaux et nous comptons 150 000 utilisateurs actifs quotidiens. 5 000 Starlinks ont été fournis par l’USAID [NDLR : l’agence des Etats-Unis pour le développement international], 5000 autres par l’Union européenne, le reste provient d’entreprises privées et de dons. Starlink est devenu une infrastructure critique utilisée dans les zones frontalières, les hôpitaux et les territoires occupés, où les réseaux ont ont été endommagés par les Russes. Nous avons besoin de plus pour couvrir tous les besoins de notre population. Nous sommes en train de négocier l’envoi d’un nouveau lot.

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À quel type de cyberattaques avez-vous été confronté dans ce conflit ?

L’année dernière, l’Ukraine a été le deuxième pays au monde à avoir subi des cyberattaques dirigées contre elle. Nous vivons sous l’agression numérique russe depuis huit ans déjà et nous nous sommes adaptés. Ces dernières années, nous avons mis en place un système de cybersécurité solide pour défendre les frontières numériques de l’Ukraine. Le 15 février, juste avant le début de l’invasion terrestre, l’Ukraine a été la cible de la plus grande attaque DDoD de tous les temps. [NDLR : visant à paralyser un site] Russe jamais observé sur notre sol. Cependant, je tiens à souligner qu’avant la guerre, l’Ukraine se contentait de se défendre et de renforcer ses cyberdéfense, mais n’a jamais répondu aux attaques.

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Lorsque la guerre a commencé, les cyberattaques sont devenues encore plus intenses. Les principales cibles visées par les forces russes sont les systèmes d’information de l’État, en particulier ceux contenant des informations sensibles. Mais nous résistons bien et la Russie n’a guère remporté de victoire. Sur les centaines d’attentats, aucun n’a causé de réels dommages à l’économie ou à l’infrastructure stratégique du pays.

Les réseaux sociaux sont-ils aussi un champ de bataille important pour vous ?

Depuis le 24 février, le monde regarde la guerre en temps réel. La vérité est tout simplement impossible à cacher. Les réseaux sociaux sont une forme d’arme pour nous. Ils nous aident à diffuser des informations sur ce qui se passe sur notre sol.

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Quelle est votre vision de l’avenir de l’Ukraine ?

Nous considérons l’Ukraine comme une puissance technologique. Nous avons déjà prouvé que les infrastructures numériques étaient l’option la plus stable et la plus efficace pendant la guerre : les missiles et les chars russes ne pouvaient pas les détruire. La numérisation sera un élément central de la reconstruction et du développement du pays. Pas de documents papier, pas de cash, un secteur tech représentant 40% du PIB… : voilà à quoi ressemblera l’Ukraine du futur.

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Cet article est issu de notre numéro spécial “Nous les Ukrainiens”en kiosque le 24 août, en partenariat avec BFMTV.


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