Pourquoi “Athena”, le film Netflix de Romain Gavras fera parler de lui

Ce film de Romain Gavras, en forme de cri d’alarme sur la spirale de la violence, montre l’insurrection d’une ville comme une tragédie antique et imagine la France sombrant dans la guerre civile.

Un nouveau film bouleversant sur la banlieue : Romain Gavras livre vendredi une œuvre bouleversante et hautement politique sur Netflix, Athénaqui montre l’insurrection d’une ville comme une tragédie antique et imagine la France sombrer dans la guerre civile.

Ce film, en forme de cri d’alarme sur la spirale de la violence, suit au cours d’une journée désastreuse le destin de trois hommes qui tomberont, après la mort de leur plus jeune frère, apparemment victime d’une bavure policière, dans un écrasant machine que rien ne semble pouvoir arrêter.

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Dans une ville au bord de l’explosion, alors qu’Abdel (Dali Benssalah), engagé dans l’armée, tente de calmer les esprits et de faire appel à la justice, tandis que l’aîné Moktar (Ouassini Embarek), trafiquant de drogue breveté, ne cherche qu’à protéger son entreprise , le plus jeune, l’impétueux Karim (Sami Slimane), appelle les “petits” à se lever.

Pris dans la spirale de la violence, qui conduira à l’enlèvement d’un CRS, incarné par Anthony Bajon, tous trois courent à leur perte. Hors écran, la France tombe dans une guerre civile alimentée par les provocations de l’extrême droite.

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Esthétique à la “Apocalypse Now”

Athéna est conforme à Haine par Mathieu Kassovitz et le Misérables de Ladj Ly, qui l’a co-écrit et co-produit. “L’idée n’est pas d’avoir des méchants et des gentils, c’est plus complexe que ça”, explique à l’AFP Romain Gavras. “Il y a un mal qui se fait au début du film et c’est le destin qui vient tout dévaster.”

Le film, tourné dans la banlieue parisienne d’Evry, mise sur une esthétique entre Gladiateur et Apocalypse maintenant et ne prétend à aucun réalisme. Certaines séquences ont marqué les premiers spectateurs qui ont découvert le film fin août au festival de Venise : l’attaque d’un commissariat, une ville aux airs de château médiéval défendue par des hordes de jeunes armés…

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Deux ans après l’éclatement de la polémique Traversier nordaccusé de faire le jeu de l’extrême droite en affichant une vision réductrice et “pro-policière” des villes, Athéna porte un tout autre regard sur la banlieue, mais qui s’annonce tout aussi clivant.

Pas un film de thèse

Le fils du pape du cinéma engagé Costa-Gavras livre en effet une charge politique explosive. Même si le réalisateur de 41 ans, qui avait fait polémique il y a quinze ans avec un clip ultra-violent pour le groupe de musique Justice, nie avoir réalisé un film “à thèse”.

“Je ne suis pas sûr que les films aient le pouvoir d’arrêter la colère”, estime le cinéaste. “On ne sait jamais si les films ont un impact sur les gens. Pour moi, c’est (en voyant à l’écran) Marlon Brando qui m’a donné envie de fumer… Après, quand on est plongé dans une colère, je ne sais pas si voir un film va l’arrêter.”

Une scène du film "Athéna"
Une scène du film “Athéna” © Netflix

“En revanche, donner la vision, comme l’a fait la tragédie grecque, d’un avenir noir, c’est intéressant”, poursuit le réalisateur. “L’accélération vers le pire, on la sent partout dans le monde, en France, en Grèce, aux Etats-Unis… On se nourrit de tout quand on fait un film. Quand un pays est fragile, c’est très facile de le pousser à bout et exploiter une humeur générale.”

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En empruntant à la mythologie antique, Romain Gavras “a voulu montrer de manière intemporelle que les tensions que nous vivons actuellement sont les tensions que nous avons connues depuis la Grèce antique ou même la préhistoire… C’est toujours la même chose, des intérêts différents qui conduisent à guerre, au conflit. Et sur le terrain, ce sont les gens qui ont une douleur intime qui seront en première ligne ».

Ces emprunts à la tragédie grecque n’empêchent pas Romain Gavras de multiplier dans Athéna des clins d’œil à des images d’actualité de ces dernières années, dont l’arrestation de lycéens mis à genoux par la police en 2018 à Mantes-la-Jolie ou des violences policières en marge de manifestations de “gilets jaunes”.

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Mise en garde

Athéna sonne donc comme un avertissement : alors que la ville d’Athéna est en feu, c’est la France entière, alimentée par les chaînes d’information en continu et cédant aux provocations de l’extrême droite, qui s’enfonce dans la guerre civile.

Une scène du film "Athéna"
Une scène du film “Athéna” © Netflix

Une telle dystopie “permet d’explorer un cauchemar, ce que les choses pourraient devenir, et de le raconter avec une forme symbolique”, souligne Romain Gavras, dont le clip Pas d’église dans la naturepour Jay Z et Kanye West, déjà mis en scène une insurrection.

“L’ambition du film est de montrer qu’il y a toujours des forces dans l’ombre qui poussent à la guerre. Aujourd’hui, l’extrême le plus puissant pour pousser à la guerre est ‘l’extrême droite'”, a déclaré le réalisateur.

Athéna risque de perdre son impact visuel sur le petit écran : ce produit Netflix ne sortira pas en salles et n’est disponible que pour les abonnés. Mais ses propos devraient provoquer de nombreuses réactions dans les semaines à venir. Romain Gavras s’en fout : “Les réactions des gens ne font pas forcément masse”, a répondu celui qui estime que “ce ne sont pas les films qui jettent de l’huile sur le feu”.

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