pourquoi “Bad Buzz” a fait un four

Le réalisateur du film, Stéphane Kazandjian, revient sur la création de la comédie potache d’Eric et Quentin, échec commercial et critique sorti il y a pile cinq ans, le 21 juin 2017.

“Je pense que le film s’est fait pour plein de mauvaises raisons.” Même Stéphane Kazandjian, réalisateur de Bad Buzz, unique comédie d’Eric et Quentin unanimement conspuée par la presse et boudée par le public, a des regrets. Seulement 49.323 courageux l’ont découvert en salles il y a cinq ans pile, le 21 juin 2017.

Tentative d’humour trash à l’américaine, cette comédie potache écrite et interprétée par ceux qui étaient alors les stars de l’émission Quotidien suit les mésaventures de deux animateurs victimes d’un bad buzz après la publication d’une photo compromettante les montrant en plein acte sexuel avec un chien et déguisés en nazis.

Précédé d’une réputation désastreuse, introuvable en DVD, Bad Buzz a tout pour devenir un film culte. Eric et Quentin ont, depuis, tourné le dos au cinéma et sont désormais sur scène. Son réalisateur, Stéphane Kazandjian, se consacre à l’écriture. Il vient de signer le scénario de Loin du Périph, le dernier carton avec Omar Sy sur Netflix.

Pour la première fois, Stéphane Kazandjian accepte de sortir du silence. Il raconte à BFMTV l’histoire mouvementée de Bad Buzz, de sa genèse précipitée à sa sortie désastreuse en passant par son tournage émaillé d’embûches.

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Comment êtes-vous arrivé sur “Bad Buzz”?

Je me retrouve là-dessus un peu pour toutes les mauvaises raisons. D’ailleurs, je pense que le film s’est fait pour plein de mauvaises raisons. Je sors de Pattaya, que j’avais co-écrit avec Franck [Gastambide] et qui avait cartonné. Je suis connu comme le réalisateur de Sexy Boys, une comédie pour les ados, et je n’avais pas tourné depuis Moi, Michel G en 2011. J’avais très, très envie de repasser derrière la caméra et en même temps je n’avais pas d’idées. Un jour, mon agent, qui représente aussi Éric et Quentin, m’appelle en me disant qu’ils font un film et qu’ils cherchent un réalisateur. Il me demande si ça m’intéresse. Je lis le scénario. Il y a des trucs à reprendre, mais je le trouve sympa. On se voit puis tout s’enchaîne très vite. On devait être en mars-avril et en juillet-août, on tournait.

Que voulez-vous dire par “le film a été fait pour de mauvaises raisons”?

Ça devait être produit par Canal. Sauf que c’est tombé pile au moment où Quotidien est passé sur TMC. Donc Canal a dit qu’ils ne le faisaient plus. Là-dessus, Éric et Quentin ont négocié leur passage sur TMC avec Ara Aprikian [le directeur des programmes de TF1, NDLR] et Bad Buzz est devenu une partie de leur deal. TF1 n’en avait rien à foutre. Ils ont juste filé le poignon pour garder l’équipe de Quotidien. Personne n’y croyait. Le film avait d’abord été proposé à Thomas Sorriaux et François Desagnat, les réalisateurs de La Beuze et des 11 commandements, qui l’ont refusé. Ils avaient mieux lu le scénario que moi…

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Avez-vous pu modifier le scénario avant le tournage?

J’ai refait une version et là-dessus le producteur, Abel [Nahmias], qui par ailleurs était un peu coauteur du scénario avec Éric et Quentin, m’a bien fait comprendre que c’était une petite Ferrari. Il ne fallait pas y toucher. J’étais là juste pour faire les images.

Qu’est-ce qui vous gênait dans le scénario? Les gags potaches?

Ce n’était pas les gags qui me gênaient, mais l’absence de trajectoire véritable, de personnages. Après-coup, j’ai réussi à m’auto-convaincre que c’était ça qui faisait l’originalité du film. Après, il y a des trucs qui sont absurdes et que je persiste à bien aimer, notamment ce dernier plan d’Éric et Quentin qui révèlent n’avoir rien appris de leur aventure. Cette non-évolution des personnages me faisait marrer. Le film aurait gagné à être beaucoup plus rock’n’roll. Là, on était un peu le cul entre deux chaises, à vouloir faire à la fois un beau produit bien fini et un truc potache à l’arrache. On n’avait pas assez de moyens pour vraiment bien le faire et trop pour le faire tel qu’il aurait dû être fait, c’est-à-dire comme une espèce de connerie un peu improvisée, tournée en trois semaines au caméscope.

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Est-ce que le projet aurait mieux fonctionné à la télévision?

Rétrospectivement, oui, je pense. Après, je ne vais pas faire mon malin. Sur le moment, j’y croyais. J’ai fait mon boulot. C’était un film de commande. J’essayais de comprendre ce qu’ils attendaient du résultat, qui était la cible. J’ai essayé de faire mon bon petit soldat du mieux que je pouvais, mais je pense qu’au final avec ce scénario-là et ces comédiens-là, on aurait vraiment gagné à le faire hyper cheap, à l’iPhone et trash pour la télé. Sauf qu’il y avait eu la Bande à Fifi et le Palmashow. Tout le monde se disait que les prochains à passer au cinéma seraient Eric et Quentin. Sauf que pour une raison qui m’échappe, ça n’a pas marché. On s’est peut-être tous un peu illusionné en pensant qu’on allait pouvoir transformer leur côté un peu foutraque en quelque chose d’un peu léché. L’autre truc, c’est qu’ils ont quelque chose de très spontané. Le cinéma, mine de rien, s’inscrit dans un temps long.

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Quentin Margot dans "Bad Buzz"
Quentin Margot dans “Bad Buzz” © Copyright EuropaCorp Distribution

L’humour potache de “Bad Buzz” est aussi assez éloigné de leur univers…

Ça a été un peu rajouté justement pour essayer de racoler le public de la “Bande à Fifi” ou de Cyril Hanouna. C’était la schizophrénie du film, qui voulait plaire au public de Hanouna avec les stars de Quotidien.

C’était ce que vous vous disiez lors des réunions de préparation?

Ce n’était pas dit comme ça. C’est l’analyse que j’en ai fait au fur et à mesure. Je me disais que c’était bizarre. Éric et Quentin, il y a un truc con et érudit en même temps. Leur spectacle marche très bien dans ce registre, d’ailleurs. Le problème, c’est qu’on ne s’est jamais posé la question de qui étaient Éric et Quentin. On a voulu les faire rentrer dans un genre qui n’était pas le leur et dans lequel ils sont rentrés d’ailleurs à pieds joints, puisque c’est eux qui ont écrit le scénario, mais on aurait gagné à se demander ce qu’on pouvait faire avec leur humour.

Est ce que vous avez eu l’impression que le film allait trop loin? Notamment lors de la scène où Éric et Quentin aident un adolescent atteint de trisomie 21 à uriner…

Non. Je ne sais pas si ça va trop loin ou si c’est mal fait. J’ai l’impression que là, pour le coup, c’est probablement de ma faute. Ce n’est pas très bien découpé. Il y a quelque chose qui ne marche pas, en tout cas.

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La scène a-t-elle été retournée pour devenir plus trash?

Ça s’est déroulé en deux étapes. On l’a tournée une première fois. Il n’y avait pas encore la fausse bite. C’était juste un jet. Alexandre, notre cher accessoiriste, n’avait pas réussi à faire un jet suffisamment puissant. Abel a voulu qu’on la refasse avec un jet surpuissant et donc une grosse bite en vrai. On a eu un jour en plus à la fin pour le refaire. C’était l’un des jours de tournage les plus tristes qu’on ait eu. Est-ce que c’était déprimant parce que c’était sordide ou parce qu’on en avait un peu rien à foutre? On était dans les studios de [Luc] Besson – c’est Europacorp qui sortait le film. Le plateau était énorme, juste pour une toute petite cabine de chiotte. C’était ridicule. Je me demandais ce qu’on était en train de faire. Je n’avais pas envie d’être là.

Il y a eu d’autres moments où vous ne vous êtes pas senti à votre place?

Pour la scène de la soirée chez les étudiants en médecine, on devait tourner des plans de roulage de pelle entre filles [qui ont été coupés au montage, NDLR]. J’étais assez mal à l’aise, parce que c’était la première fois que je dirigeais deux filles pour s’embrasser. C’était mon moment Kechiche. J’étais vraiment hyper prude et j’avais Éric, Quentin et Abel qui se foutaient de moi.

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Il y a eu d’autres cas?

Avec Abel, il y a eu notamment un clash sur la musique. Il voulait mettre du hip hop, notamment ce morceau, I’m in love with the coco. Ce n’est pas du tout mes références. Je voulais mettre du Marilyn Manson, Tainted Love. Je me suis retrouvé par moments dans un truc où je ne comprenais pas trop les références. Peut-être qu’il aurait fallu filer le projet à un jeune qui voulait faire son premier film. Il aurait eu plus de niaque que moi.

La scène du bad buzz a-t-elle été compliquée à filmer?

Le bad buzz, c’est le moment où j’aurais dû me filer des claques. C’est quand même la scène qui démarre le film et c’était impossible à découper. On a fait beaucoup de répétitions avec Éric et Quentin pour essayer de trouver la bonne position. Ça ne marchait pas. Tu te retrouves sur le plateau. Il y a cinquante figurants et tu as seulement une nuit pour tout filmer. Tu sais que tu ne vas pas pouvoir faire de dépassement. Tu te démerdes en disant que tu verras au montage. C’est pas bien fait, mais ça raconte ce que ça doit raconter.

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Quel souvenir avez-vous de la scène dans le camp des migrants?

On avait un drone qu’on a très mal utilisé. Les plans n’étaient pas super. Éric et Quentin se sont bien donnés. Le thème des migrants, c’était aussi pour eux une manière de cocher un peu les cases. Je me souviens d’Éric qui m’avait dit, ‘Ah, tu vois, on a foutu des migrants comme ça Télérama va être content.’ Et en même temps, ça leur correspond parce qu’ils auraient pu faire un sketch là-dessus dans Quotidien. C’est à la fois la scène la plus fabriquée et la plus sincère.

Eric Metzger, Razane Jammal et Quentin Margot dans "Bad Buzz"
Eric Metzger, Razane Jammal et Quentin Margot dans “Bad Buzz” © Copyright Simon Letellier

Vous avez aussi rencontré pas mal de difficultés avec les effets visuels, notamment pour le chat Gribouille qui attaque Éric et Quentin…

Le gros problème de Gribouille, c’est qu’à l’origine je voulais une vraie peluche, avec laquelle on pouvait tout jouer, comme dans Mary à tout prix. Sauf que la production était toujours à mégoter – limite, il fallait donner un rein pour payer la cantine – et donc on s’est retrouvé sur le plateau avec un faux chat complètement grotesque. Au bout de deux prises où Quentin la secoue, elle a perdu une patte. C’était la nuit. On ne savait pas quoi faire. La peluche est devenue un témoin pour les VFX. Ils ont dû faire un chat plus chiadé que ce qui était prévu, parce que ça aurait été très moche de faire une peluche en numérique. Ce n’était pas prévu budgétairement. Ça a été un peu compliqué pour les gars des VFX.

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Deux monteurs se sont succédé. Que s’est-il passé?

Il y a d’abord eu Christine Lucas Navarro. Ça s’est très bien passé. Abel était très content du premier montage, qui devait faire 1h35. Puis il y a eu ces histoires de bite et bad buzz. Carlo [Rizzo], qui est plus habitué à monter des clips et de la pub, a apporté un truc beaucoup plus punchy. Il n’avait aucun affect par rapport aux rushes. Il s’est contenté de tout couper. Et ça fonctionnait. Je ne peux pas dire que la première version correspondait à ma vision et la seconde non. Je ne sais pas ce qu’on a perdu, mais je sais ce qu’on a gagné en rythme, en énergie. Le truc est certainement plus moderne.

Mais la durée du film passe de 1h35 à 1h07…

Là, ça me fait un peu mal au cul quand même.

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Ce montage vous plaît à l’époque?

Ce que je vois me plaît plutôt, ouais. Après, c’était bizarre la fin de la post-prod, parce que j’ai été complètement évacué. L’affiche, je la trouve monstrueuse. Ils m’ont pipoté chez EuropaCorp en me disant que c’était un truc provisoire. Puis j’ai vu les affiches dans le métro.

Pourquoi avez-vous été évincé du projet?

Ils avaient juste besoin de quelqu’un pour le plateau. De toute façon, c’est ça souvent sur les films de commande. Sur la post-prod, ils peuvent comme ça beaucoup plus facilement reprendre la main.

Le film n’était pas réussi. La promotion du film a-t-elle été réduite?

C’était un peu dur. Eric et Quentin m’ont raconté quand ils sont passés chez Quotidien. Yann [Barthès] était super gêné. C’était un peu du bout des lèvres.

Par contre, il y a eu une campagne publicitaire sur le site Pornhub.

Ah bon?! Je n’étais même pas au courant! J’ai fait le mix, puis j’ai été éjecté. Je n’ai pas participé à la promo.

Le film fait un four en salles, avec seulement 49.323 entrées. Il n’est jamais sorti en DVD et il reste difficile à trouver en VOD.

Je n’ai même pas une copie du film!

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Comment expliquez-vous ce phénomène?

À partir du moment où tout le monde a honte du film, ça s’auto-entretient. Après la sortie, personne, moi y compris, ne voulait plus en parler. Ça m’a grillé en tant que réalisateur.

Vraiment?

Oui. Après, maintenant, ça va. C’est comme toujours. Tu fais ta petite traversée du désert. Tu te fais oublier. Et puis peut-être alors tu peux revenir. Mais je ne sais pas si j’en ai envie en fait. Parce que là, je m’amuse bien en tant que scénariste.

Vous avez envie de le revoir?

Je le reverrai. Je sais que je l’ai fait du mieux que je pouvais. Ça ne veut pas dire bien. Je sais que je l’ai fait sincèrement et sans calcul, en surmontant les obstacles qui se dressaient sur la route.

L’échec de “Bad Buzz” a aussi brisé quelque chose chez Éric et Quentin…

Ce n’était pas le bon moment. J’ai l’impression qu’ils n’auraient pas dû aller chez TF1. La première année chez TF1 ne s’est pas très bien passée. Ils ont eu cette émission spéciale en janvier, qui a été calamiteuse. Ils étaient fatigués. Ils n’en pouvaient plus. Ils faisaient beaucoup trop de choses. Leur aura s’est un peu délitée et Bad Buzz est arrivé en bout de course. Il aurait fallu que le film sorte quand ils sont partis chez TF1. Tout le monde parlait d’eux à l’époque. Lorsque le film est sorti – c’est horrible à dire -, le produit s’était déjà un peu dégradé.

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