pourquoi il faut arrêter de se moquer de la star déchue de Star Wars

À nouveau sur le devant de la scène grâce à Obi-Wan Kenobi, Hayden Christensen revient de loin. Chronique d’une carrière sous le signe du côté obscur, mais pas que.

La saga Star Wars n’aura pas été tendre avec la famille Skywalker. Contrairement à son acolyte Harrison Ford, Mark Hamill ne s’est jamais vraiment émancipé de la franchise qui l’a rendu célèbre. Jake Lloyd a vécu “l’enfer” suite au succès de La Menace fantôme. Quant à Hayden Christensen, moqué pour sa performance, il a sombré dans les tréfonds de la série Z américaine au fil des années 2010.

Tandis que la très attendue série Disney+ Obi-Wan Kenobi se transformait peu à peu en Dark Vador show, la génération qui ose encore réévaluer à la hausse la prélogie exultait. Et si celui qui doit son ascension et sa chute aux lubies de George Lucas ne méritait pas toute cette haine ? Et si son éviction de l’industrie résultait moins d’un fiasco artistique que d’une sérénité respectable ?

 

 

Âge ingrat

Oubliez Star WarsHayden Christensen a débuté chez John Carpenter ! Enfin, presque. En 1993, jeune, sportif et âgé d’un peu plus d’une dizaine d’années, il se fait repérer alors qu’il accompagne sa soeur, elle-même enfant actrice, à un rendez-vous avec un agent. Il fait alors ses débuts sur petit écran. Il décroche un rôle dans le soap canadien Family Passions, puis dans un épisode d’E.N.G. reporters de choc. Juste après, en 1995, il apparait le temps d’une scène suspendue en gamin à vélo, dans L’Antre de la folie, chef-d’oeuvre absolu de Carpenter. On a fait pire, comme premières expériences.

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En fait, il se façonne même un très beau CV au cours de sa jeunesse. En 1995, il enchaine quatre petits rôles dans des films et téléfilms (dont une adaptation télévisuelle de Danielle Steel). En 1997, il incarne Zane dans le final en deux parties de la saison 2 de la célèbre série Chair de poule et se débat avec un pantin maléfique. Vers la fin des années 1990, il travaille de plus en plus au cinéma, jusqu’à tourner subrepticement dans le plus réputé des films de Sofia Coppola, Virgin suicides. Un début de carrière finalement assez riche. C’est toutefois à partir des années 2000 qu’elle va s’emballer et que le comédien débutant va se réfugier dans un type de personnage qui causera son triomphe… et sa perte.

 

 

Dès 1997, avec 16 printemps au compteur, il décide d’abandonner son parcours sportif à l’université pour se consacrer à la comédie. Ses parents ne voient pas d’un très bon oeil sa reconversion. Mais ils vont changer d’avis après son premier vrai grand rôle : celui de Scott Barringer dans la série Coeurs rebelles (Higher Ground), un jeune garçon victime d’agression sexuelle et tombé dans la drogue, envoyé dans une école spécialisée. En d’autres termes, il joue un ado mal dans sa peau, archétype dont il aura du mal à se débarrasser.

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En témoigne son film suivant, produit après le plus gros du tournage de L’Attaque des clones, mais sorti avant lui. Dans La Maison sur l’Océan, le jeune espoir du cinéma américain s’enferme définitivement dans le pire des clichés. Sam Monroe est une caricature absolue de l’ado en pleine crise, qui écoute (évidemment) du Marilyn Manson à fond les ballons et insulte des parents désemparés. Une pure chimère hollywoodienne qu’une intrigue pompière se charge de convertir aux bonnes moeurs de l’oncle Sam.

 

Higher Ground : photo, Hayden ChristensenIl avait déjà le Higher Ground

 

Au fur et à mesure qu’il reconstruit littéralement le bon vieux foyer traditionnel, il va apprendre à mettre des chemises rentrées dans son pantalon, se démaquiller et s’affranchir de la fumette. Un bon gros mélo à récompenses réalisé par un producteur coutumier du genre, qui — dans sa première partie — préfigure largement le personnage d’Anakin. L’acteur doit déjà composer avec des dialogues abscons et simuler une fausse crise d’ado. Sa prestation lui vaut une nomination aux Golden Globes. Il prend du galon, mais à quel prix ?

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La Maison sur l'Océan : photo, Hayden ChristensenLa Maison sur l’Océan, l’enfer au bord de mer

 

Across the stars

“J’ai trop hâte. Ça va être tellement cool de se voir faire du module de course et utiliser la force. C’est du délire, j’ai grandi avec ces trucs”. Lorsqu’il s’exprime au micro d’ET, Hayden Christensen a 19 ans et il vient, il y a quelques jours à peine, de décrocher le rôle que sa génération entière convoitait. On imagine sans mal son niveau d’excitation.

Il vient de traverser un éprouvant processus de recrutement. La directrice de casting Robin Gurland était chargée de trouver le nouveau visage de Dark Vador, soit un comédien jeune, capable de porter sur ses épaules une des superproductions les plus massives de l’industrie sans broncher et de jouer en prime une descente aux enfers psychologique radicale sur deux films. Il fallait aussi — et c’est un critère qu’elle assumera s’être fixé — trouver une bête de promotion, qui resterait sympathique en toute circonstance, pendant la longue tournée médiatique de ces deux derniers épisodes. Une perle rare.

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Star Wars : Episode II - L'Attaque des clones : photo, Hayden ChristensenEt une certaine tolérance aux tresses

 

Elle a donc examiné la candidature de 1500 jeunes comédiens. L’audition de Christensen s’est bien passée (Gurland aurait appelé George Lucas juste après pour lui dire “Anakin vient de passer”), mais il restait en compétition avec plusieurs acteurs, dont, par exemple, Paul Walker, Ryan Philippe ou Devon Sawa, finalement éjecté du top 5 final et qui restera “dévasté” d’avoir vu le rôle lui passer sous le nez. Un accomplissement, donc, mais aussi une lourde responsabilité. De son côté, il débute un entrainement qui redoublera d’intensité pour les chorégraphies du 3e opus. La planète geek jette son dévolu sur lui et il sait que cette partie de sa vie définira le reste de sa carrière.

Une situation très particulière et assez angoissante. Au Los Angeles Times, il confiera : “Quand c’est arrivé, pendant un moment, je ne quittais pas la maison. Je veux dire, étant donné que mon visage était dans toutes les épiceries, tout le monde pouvait me reconnaître et c’est vraiment étrange. Donc je me suis isolé pour un moment”. Le débat sera sans fin : n’avait-il vraiment pas la carrure pour un tel rôle, ou les dialogues de George Lucas étaient-ils trop niais pour être bien joués ? Probablement un peu des deux. Toujours est-il que le jeune comédien doit faire face à de très violentes critiques.

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Star Wars Épisode II : L'Attaque des clones : Photo Hayden ChristensenQuand tu vois du sable

 

On lui décerne un Razzie Award en 2003 pour L’Attaque des clones, puis en 2006 pour La Revanche des Siths, encore plus tourné en dérision. Avec le temps, ses scènes les plus absurdes se mueront en mème, et c’est peut-être la preuve que leur ridicule provient autant voire plus des dialogues que de celui qui les récite.

George Lucas le défendra lui-même dans un entretien retrouvé par The Guardian : “Pauvre Hayden. Sa performance est géniale. Ils n’aiment juste pas le personnage. Je pense que c’est encore en rapport avec cette appropriation des personnages par les gens.” Et l’intéressé de renchérir : “C’est presque comme le domaine public. Ces personnages appartiennent vraiment à tout le monde”.

 

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Star Wars : Episode III - La Revanche des Sith : photoLe regard qui tue, les yeux revolver

 

Duel of the fate

Pauvre Hayden, en effet. Pas facile de passer du second plan (rappelons que La Maison sur l’Océan fut tourner pendant la production de Star Wars) à la célébrité la plus extrême, surtout au gré d’une performance pour le moins controversée. Et contre toute attente, il ne s’en sort pas si mal, y compris pendant son voyage dans la galaxie lointaine.

Shattered Glass (Le mystificateur) sort en 2003, entre les deux blockbusters, et part à l’assaut des cérémonies de récompenses américaines. Le comédien peut enfin s’accommoder d’un scénario décent, racontant le scandale autour du journaliste Stephen Glass. Ce n’est cependant pas assez. Le projet est trop convenu pour le démarquer de la concurrence et malgré une bonne réception critique, il se vautre au box-office.

 

Le mystificateur : photo, Hayden ChristensenLe mystificateur et ses jolies lunettes

 

Pas grave : il continue à son rythme. Entre 2006 et 2008, il tourne dans 5 films, souvent dans des rôles importants. Mieux encore, il parvient enfin à se dissocier de ce personnage d’ado colérique. Il faut dire que les railleries qui ont accablé le personnage d’Anakin ont poussé les metteurs en scène à le tenir éloigné de ce registre. Plus tard, on parlera hâtivement de descente aux enfers post-Star Wars. Il n’en est rien. La décélération de sa carrière est en fait parfaitement contrôlée. Ses personnages sont assez variés et il s’essaie même au thriller fantastique de série B aux côtés de Jessica Alba dans Awake. Pas un grand film, mais un petit succès (8,6 millions de dollars de budget, 32,7 millions de recette).

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Awake : photo, Hayden Christensen, Jessica AlbaMission : rester éveillé devant Awake

 

Du moins jusqu’à Jumper, qui doit marquer son retour au blockbuster hollywoodien, mais qui sera un tel fiasco qu’il symbolisera pour beaucoup le début de la fin. Cette adaptation d’un roman à succès, produite pour 85 millions de dollars, est pensée comme le coup d’envoi d’une nouvelle franchise et donc logiquement une manière pour Christensen d’assoir sa légitimité au sein de l’industrie. Mais le projet sent mauvais dès son casting. Il remplace en effet au pied levé un Tom Sturridge viré à la dernière minute, car jugé pas assez prestigieux.

En dépit des idées reçues, Jumper n’est pas une catastrophe absolue sur le plan économique. Il amasse tout de même laborieusement 225 millions de dollars dans le monde. Mais il se mange surtout des critiques désastreuses et une réputation exécrable. C’est mort pour les suites… et pour les rôles principaux dans les gros films, la presse n’épargnant pas son jeu d’acteur. Sauf qu’encore une fois, il doit composer avec des dialogues absurdes.

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Jumper : Photo Affiche JumperNotre affiche préférée

 

A peaceful life

À partir de là, beaucoup imaginent l’acteur en pleine déroute. Mais c’est à cette époque qu’il fait de l’apaisement son mantra. Au même moment, en 2008, Hayden Christensen achète une ferme au nord de Toronto. Il prend ses distances avec Hollywood, en quête d’une sérénité qu’il convoite en fait depuis Star Wars : “Je pense que Star Wars était un truc énorme qui m’a offert toutes ces opportunités et donné une carrière, mais ça paraissait trop lourd pour moi”, peut-on lire dans le Los Angeles Times, “je ne voulais pas vivre ma vie comme si je surfais sur une vague”.

L’échec de Jumper ne le prédestine pas à un avenir radieux, mais il prend en fait lui-même ses distances avec les gros films. En 2010, il se sépare de son agent, après avoir refusé de lire plusieurs gros projets, dont un long-métrage de Clint Eastwood. Il se retrouve alors dans pas mal de séries B foireuses. Les pires d’entre elles, le chiantissime Braquage à l’Américaine et le gros nanar Croisades avec Nicolas Cage (toujours dans les bons coups) sont en fait plus ou moins des productions de son cru, à travers sa compagnie Glacier Films, co-fondée avec son frère Tove.

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Outcast : photo, Hayden ChristensenDes croisades, oui, mais pas sans son coiffeur

 

Plus tard, il tombe dans le Z pur et dur et se fait même une spécialité de jouer aux côtés de comédiens et comédiennes en perdition : Thandiwe Newton dans L’Empire des ombres, Emma Roberts dans la comédie romantique Little Italy, Bruce Willis dans First Kill, Harvey Keitel dans The Last Man… Que des mauvais films, mais l’acteur assume : ce n’est plus son cheval de bataille.

“J’ai toujours aimé la comédie. J’ai toujours aimé le processus des films aussi. J’ai juste eu d’autres intérêts et d’autres choses que je voulais explorer. Ce n’était pas une décision consciente. Mais je me suis rendu compte que j’adorais le temps passé à la ferme, et il est devenu difficile de la quitter.”

Adieu donc les grands plateaux, les complications et les éprouvantes semaines de tournage hollywoodiennes. Christensen se contente d’empocher les cachets de micro-budgets opportunistes entre deux récoltes. Qui le lui reprochera après un tel torrent médiatique ? Sa carrière en souffre, et il le sait : “C’est quelque chose dont je suis conscient et ça ne me dérange pas”.

En parallèle, il se réapproprie Anakin. Depuis quelques années, il retrouve l’effervescence des conventions, défend corps et âme la vision de Lucas et semble désormais fier de l’aura kitsch, mais inoubliable, qui entoure encore le personnage. Le tout avec une reconnaissance sincère envers les fans, ceux-là mêmes qui tournaient en ridicule sa performance.

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Obi-Wan Kenobi : photoDe retour dans le costume

 

Le timing parfait pour Mickey, qui surfe sur la réhabilitation de la prélogie, culte aux yeux d’une génération malgré ses défauts, afin de perpétrer la saga et inonder Disney+ de fan-service. De nouveau pris dans la folie de la promotion aux côtés de son collègue Ewan McGregor, il apparait en paix avec lui-même et très heureux de retrouver une place dans cet univers qu’il continue à chérir (il sera aussi à l’affiche de la série Ahsoka à venir). En fin de compte, peut-être qu’on a tous quelque chose à apprendre d’Hayden Christensen.

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