revue indésirable de la décennie sur netflix

“RUINER DES VIES EST JUSTE TROP AMUSANT”

Tout Hunter Moore est contenu dans cette phrase, qu’il a lui-même prononcée en réponse à la question “pourquoi n’arrêtez-vous pas vos activités si vous en avez honte ?”. Ruiner des vies est tout simplement trop amusant. C’est même un mode de vie et un modèle économique pour Hunter Moore, créateur du site IsAnyoneUp. Un site où les utilisateurs sont invités à soumettre des photos humiliantes d’eux-mêmes ou d’autres personnes, uniquement pour les soumettre à une section de commentaires déchaînée. Et c’est légal : tant que les personnes photographiées sont majeures, et tant que les photos ont été volontairement données au site par ses utilisateurs, la plateforme ne fait rien de mal, n’est pas responsable de ce qui est publié.

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D’ailleurs, Hunter Moore en est convaincu lui-même, il ne fait rien de mal, ce sont des gens qui lui soumettent du contenu, il ne fait que publier. Et invite ses followers à harceler et détruire la vie des personnes apparaissant sur les photos qu’il publie. Des photos qu’il prend grand soin de compléter en ajoutant des liens vers les réseaux sociaux directs des personnes concernées pour les toucher le plus profondément possible, mais bon. C’est pour rire jusqu’au bout quoi, et puis, si ça intéresse et qu’il y a moyen de faire de l’argent sur la perversité des gens, pourquoi ne pas en profiter. Ce n’est pas la faute de Hunter Moore si les gens sont attirés par l’obscène.

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Hunter Moore, qui rit

L’obscène est littéralement ce qu’il ne faut pas mettre en scène. “Ob” en latin désigne l’extérieur, l’envers du décor, ce qui se cache derrière le rideau. IsAnyoneUp, c’est le rideau déchiré, la décharge publique – là encore, au sens propre – l’issue logique de Facebook si Mark Zuckerberg avait complété son site d’évaluation de l’apparence physique des étudiants de Harvard. Un torrent de nus, majoritairement féminins mais aussi masculins, mais aussi des pratiques obscènes proches de la maltraitance. Lors d’un défi, on voit par exemple quelqu’un se brosser les dents avec sa pisse et sa merde. Et tout le monde y va, surtout les ex.

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Même les gros, même les vieux, même les handicapés en fauteuil roulant, même les pratiques sexuelles extrêmes jusqu’à la zoophilie. Seule constante : l’absence quasi-explicite de consentement des personnes affichée dans la grande majorité des cas, qui sont souvent victimes de piratage. Même jamais envoyé une photo dénudée, comme Kayla, fil conducteur du documentaire qui n’avait pris sa photo que pour elle-même, et ne l’avait jamais partagée. Et même si elle l’aurait partagé, cela ne changerait rien, mais prouve que ce qui anime IsAnyoneUp est une pure logique d’anéantissement par l’acharnement. Mais pourquoi ? Une question qui provoque des vertiges psychiatriques.

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L'homme le plus détesté d'Internet : photoButthole Girl, “célébrité” du site

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Il ne faut pas plus de cinq minutes d’un épisode pour comprendre pourquoi Netflix s’est intéressé à cette histoire. Car Hunter Moore a une particularité : il ne se cache pas, au contraire. Ce n’est même pas qu’il assume : il s’en vante et s’amuse. C’est un personnage complètement public qui apparaît à la télévision. Tout le monde sur Twitter connaît le fondateur d’IsAnyoneUp, et il génère une sorte de culte avec son humour salace et ses provocations dégoûtantes. Et plus il est extrême, plus son phénomène grandit, plus son ego grandit, plus il savoure le mal qu’il fait. En un mot, puisqu’il en est la définition même : un sociopathe. Un sujet d’étude fascinant… mais Netflix passe à côté.

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Un blâme difficile à mettre totalement sur le dos du géant du streaming, tant il est vrai que Hunter Moore n’a pas souhaité participer au documentaire. Ce qui est à la fois compréhensible puisque le travail est contre lui (à juste titre, il faut le préciser), et en même temps surprenant de la part de quelqu’un qui veut de la lumière, qui est allé sur CNN expliquer en riant qu’il envoie des corps nus comme nourriture à sa meute, devant deux de ses victimes en chair et en os avec lui sur le plateau. Il est difficile de creuser dans un matériau qui ne veut pas se rendre disponible.

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L'homme le plus détesté d'Internet : photoHunter Moore, qui s’en fiche

Nous comprenons également que Netflix souhaite mettre en lumière les victimes et leurs histoires accablantes. Cependant, le résultat à l’écran a quelque chose de décevant, ressemble à une grosse occasion manquée à cause de cet angle mort. Car, pas un instant, le documentaire ne questionne les conditions, le contexte (légal, moral, sociétal, mot en -al qui n’est pas le handball) qui a permis à cette pathogenèse du mal non seulement de s’épanouir, mais aussi de proliférer, de contaminer et de fédérer une communauté.

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Un manque cruel même si Hunter Moore est un pur produit de la génération MySpace. Sa vie, son travail : les réseaux sociaux. Mais Netflix ne remettra jamais en cause ces nouvelles données des organisations humaines, dont nous n’avons pas encore fini de mesurer l’impact.

L'homme le plus détesté d'Internet : photoCharlotte Laws, seule contre le tyran

EST-CE QUE C’EST BAS ?

Hunter Moore est présenté comme un épiphénomène, et au-delà du manque de réflexion que cela provoque, cette démarche a d’autres répercussions plus superficielles. Officiellement, L’homme le plus détesté d’Internet n’est rien de plus qu’un récit chronologique extrêmement factuel des événements. C’est une séquence banale d’interviews avec des reconstitutions assez basiques et même pas particulièrement remarquables. On se rapproche enfin d’un très gros reportage de luxe de Christophe Hondelatte, et là encore, le travail de ce dernier apporte régulièrement plus de perspectives que ce que fait ici Netflix, qui se contente de servir la soupe sans forcer.

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Un gros rapport en termes de moyens, mais aussi en termes de durée, puisque L’homme le plus détesté d’Internet dure trois heures en tout et pour tout, ce qui est au moins trente minutes de trop. Le format docu-série est aussi déroutant tant l’ensemble pourrait très bien tenir dans un film, et semble artificiellement étiré dans un dernier épisode redondant, peinant à redémarrer la machine. C’est aussi le problème de l’approche trop factuelle de L’homme le plus détesté d’Internet : restant trop en surface, le travail s’épuise trop vite.

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L'homme le plus détesté d'Internet : photoDes vies menées au bord du suicide

Pourtant, même à la périphérie de son sujet, toute cette explosion de violence est si incompréhensible qu’on ne puisse s’empêcher de diriger son esprit vers lui, comme un tournesol vers un soleil. Ou, peut-être comme un soleil à la dérive à la périphérie d’un trou noir. C’est le problème de ces objets sidéraux sombres et sidérants : on ne sait pas s’ils attirent par leur mystère ou s’ils aspirent par leur néant. Nous voudrions saisir ce phénomène qui se tient là, à la limite de notre entendement. Levez le rideau sur celui qui a arraché le voile pudique à tant d’innocents, pour enfin avoir la clé.

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Difficile à comprendre, même à admettre qu’il n’y a rien à comprendre. Et que Hunter Moore n’est pas un trou noir comme peuvent l’être les tueurs en série. Juste un énorme impact de balle.

L’homme le plus détesté d’Internet est disponible sur Netflix depuis le 27 juillet 2022

L'homme le plus détesté d'Internet : photo

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