Seville Films cesse sa distribution en salles

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma : Entertainment One cesse la distribution de films en salles au Canada. Cette décision abrupte a un impact direct sur Les Films Sevilla, filiale d’eOne, dont plusieurs salariés ont dû être licenciés et quitter leurs bureaux de la rue Saint-Antoine. Depuis la fusion avec Alliance Vivafilm il y a 10 ans, Les Films Séville est le grand leader de la distribution de films au Québec.

Posté hier à 22h29

André Duchesne

André Duchesne
La presse

Marc-André Lussier

Marc-André Lussier
La presse

En confirmant la nouvelle à La presse, Patrick Roy, président de Seville Films et président, distribution cinéma, d’Entertainment One, n’a pas dévoilé beaucoup de détails. Ce dernier quitte ses fonctions, son contrat ayant pris fin cette semaine.

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“Séville continue d’exister”, a-t-il déclaré. Certains salariés conservent leur emploi, notamment dans les secteurs techniques et financiers. Il y a aussi toujours une équipe en place pour la gestion du catalogue. Les changements annoncés mardi n’affectent que la distribution en salles. »

Selon le Registre des entreprises, Les Films Sevilla compte entre 50 et 99 employés au Québec.


PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

La façade du bâtiment abritant les bureaux de Seville Films

Il nous a également été impossible d’obtenir un communiqué d’eOne sur les raisons qui ont conduit l’entreprise à cette décision, prise en haut lieu.

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Rappelons qu’en 2019, peu avant la pandémie, la société Hasbro a racheté Entertainment One pour environ 4 milliards de dollars. La pandémie a eu un impact profond sur l’industrie du cinéma.

Lundi soir à la Place des Arts, devant une foule d’invités, Les Films Sevilla ont présenté leur plus récent film québécois, la comédie dramatique Lignes de fuite par Catherine Chabot et Miriam Bouchard. Le film a également été présenté mardi soir à Québec au cinéma Le Clap. Pendant un moment mardi en fin d’après-midi, le bruit courait que cette présentation n’aurait pas lieu, mais vérification faite, le film a été présenté comme prévu. De plus, sa diffusion, à partir du 6 juillet dans plusieurs salles du Québec, n’est pas compromise, nous a-t-on dit. Tous les contrats seront honorés.

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Choc, mais…

Mardi, dans le monde de la production et de la distribution, cette annonce a été accueillie avec un mélange de choc et de tristesse, mais aussi avec un étonnement contenu. Les observateurs dans l’environnement pouvaient clairement voir que quelque chose se passait.

“Lorsque nous avons appris que Patrick [Roy] n’était pas au Festival de Cannes, on s’est posé des questions », a déclaré le producteur et distributeur Christian Larouche (Films Opale), qui a travaillé en étroite collaboration avec Séville. «Nous regardions leur liste de films à venir et il n’y avait pas grand-chose. Mais je trouve très triste de voir ce qui se passe, pour cette vieille entreprise et pour les salariés. Quand un collègue a des difficultés, ce n’est jamais une bonne nouvelle. »


PHOTO FOURNIE PAR SEVILLE FILMS

Léane Labrèche-Dor, Catherine Chabot et Mariana Mazza sont les têtes d’affiche de Lignes de fuite.

M. Larouche sait de quoi il parle. Son entreprise connaît d’importantes difficultés financières au début des années 2010, et Séville rachète son catalogue de films québécois. M. Larouche entend récupérer ses titres lorsque les droits de Séville arriveront à terme. “Je pense que j’ai encore 15 à 20 titres dans leur catalogue”, a-t-il déclaré.

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« Je suis très triste, a déclaré le producteur André Rouleau (Caramel Films). Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les producteurs d’avoir un distributeur de moins. »

Je ne peux pas dire que c’était une grande surprise. Pendant un certain temps, on a senti que l’appétit de Séville pour la distribution de films en salles diminuait.

André Rouleau, producteur

M. Rouleau donne l’exemple du film d’animation Vaillant (Le plus brave), qu’il a coproduit et que Sevilla a distribué dans un registre extrêmement limité dans le pays.

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” Avec Vaillantnous avons eu un grand succès en France [1,5 million d’entrées] et Séville ne voulait même pas le distribuer en salles ici, a-t-il déploré. Je pense qu’il a fait trois cinémas au Canada; c’est ce qu’on appelle une sortie technique. Les propriétaires de cinéma attendaient ce film. Ils le voulaient. Séville nous l’a acheté, l’a payé et l’a vendu à la télévision. On nous avait donné une garantie de diffusion avec publicité, mais au final, les principaux actionnaires n’ont pas voulu mettre un sou de plus pour la diffusion en salle. »

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Nancy Florence Savard, qui produit des films d’animation avec sa boîte 10e Ave Productions au Québec, pour sa part, estime que Séville a ouvert la voie aux longs métrages d’animation 3D au Québec. « Patrick Roy et son équipe ont été des pionniers avec La légende de Sarila sorti en 2013, dit-elle. Ils l’ont refait avec Nelly et Simon : Mission Yéti en 2018 et il y a quelques semaines, ils vendaient nos films sur Netflix. C’est avec une grande tristesse que j’apprends cette nouvelle et je pense à tous les membres de cette équipe passionnée dédiée à la cinématographie québécoise. »

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Un géant québécois

Seville Films a été créée fin 1999 suite au rachat du catalogue de Behavior, distributeur qui avait lui-même racheté le catalogue de Malofilm Group (Le déclin de l’empire américain). Dans une interview à Devoirl’un des trois investisseurs, Pierre Brousseau, a indiqué qu’un des premiers films distribués serait Vins de Bath (est devenu rebelles/Perdu et délirant en anglais) de Léa Pool.

La société est rachetée par eOne en 2007. En 2012, eOne rachète Alliance Vivafilm et fusionne les deux distributeurs, qui prennent le nom de Les Films Sevilla. Le catalogue, composé de films québécois, canadiens et internationaux, majoritairement de fiction, mais aussi de documentaires, est impressionnant.

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Issu du cinéma québécois, Séville assurera la diffusion de titres tels que 10 1/2, 1987, Les sept jours de représailles, maman, Le démantèlement, Les feux, Insha’Allah, Mafia inc., Le royaume de la beauté, Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde, gabrielleetc. Parmi les titres internationaux, citons Divergence, Les jeux de la faim, John Wick, Paddington et Crépuscule.

Patrick Roy convient que le distributeur a encore plusieurs titres québécois à venir pour lesquels il s’est engagé. “Il y a une responsabilité à respecter et il n’y a pas lieu de s’inquiéter de tout cela”, dit-il. Il n’y aura aucun impact négatif sur les films et les producteurs avec lesquels nous travaillons. »

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