Sylvester Stallone, champion des classes populaires ou homme de main de Reagan ?

Arte diffuse, dimanche 26 juin, un documentaire intitulé “Stallone, héros de métier”. Et si le gros bras des années Reagan cachait une conscience sociale éclipsée par un box-office dopé à la testostérone ? Décryptage.

A l’origine se trouvaient les premiers opus de sagas pourvoyeuses de mythes cinématographiques. Rocky, héros de l’ère Carter (1976-1980), est un battant des quartiers populaires de Philadelphie, pour qui une défaite sur le fil peut avoir un goût de victoire ; Rambo, héros de la tragédie grecque est revenu du Vietnam dans l’Amérique ouvrière, comme Robert De Niro de son voyage au bout de l’enfer. Mais au fil des années 1980, les héros devenus franchises ont pris une tournure inquiétante. Rocky, qui vit dans l’opulence, devient un agent Reagan en allant démolir un boxeur russe chez lui. Rambo, paria devenu justicier, finit par incarner jusqu’à la caricature, et dans un bain de sang, l’Amérique belliciste et bodybuildée.

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Son interprète n’est guère plus brillant. Sur le plateau de Rocheux 5, en 1990, le producteur Irwin Winkler assure que Stallone, véritable diva, “se comporte comme le prince du Liechtenstein”. Comment en est-on arrivé là ? L’homme qui, à l’été 1975, était au bord du désespoir et de l’asphyxie financière, avant de vendre son scénario Rocheux, a vu le triomphe du film et son propre couronnement avec un mélange de gratitude et d’incrédulité. Souhaitant bien faire, étant conscient du chemin parcouru pour y arriver, “Sly” entend faire les bons choix, répondant à son désir d’inscrire son personnage dans une série d’engagements moins physiques que sociaux. A cette époque, Stallone, comme l’écrit son biographe David Da Silva (1), était un héros de la classe ouvrière. Mais son incarnation de dirigeant syndical de camionneurs non plus POING, ambitieux film historique de Norman Jewison, que sa première réalisation, personnelle, La taverne de l’enfer, histoire des luttes des frères et sœurs italo-américains du quartier pauvre de Hell’s Kitchen dans l’après-guerre, n’a pas rencontré le succès. Le public ne reconnaît pas dans ces deux films sortis en 1978, et qui lui offrent des rôles sombres, l’outsider des rings de Philadelphie.

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Ces échecs injustifiés poussent, hélas, la star à renfiler les gants et à s’emparer de la sulfateuse pour des productions plus rentables mais moins glorieuses, dans lesquelles il se perd, puis se noie. Cependant, derrière le vernis parfois grossier des gagnant, Sly, passé dans sa jeunesse des quartiers défavorisés de New York aux cours de théâtre de Miami, n’oubliera jamais d’où il vient. Comme l’écrit Michel Cieutat dans le magazine Positif, en février 1994 : « Stallone appartiendra toujours aux classes populaires, exerçant des professions modestes (chauffeur de taxi en Strass, camionneur dans Sur le dessus), faire le dénuement (« Ma bague c’est la rue », dit-il dans Rocheux 5) et dignité (Rambo I, II, III) […] ses valeurs fondamentales. »

Du flic de Terres de flic, en 1997, retour aux racines de Rocky Balboa, en 2006, Sylvester Stallone sera régulièrement ce fils du peuple. Sans forcément prôner la lutte des classes. Interrogé sur sa postérité, l’acteur a également prophétisé : Les gens ne se souviendront pas de l’homme que j’étais mais Rocheux, dont le destin parle aux pauvres comme aux riches. Quelqu’un qui est parti de rien et qui était profondément humain. »

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r Stallone, métier de héros, de Clélia Cohen et Antoine Coursat (2018). Dimanche 26 juin à 23h15 sur Arte.

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