un chef d’oeuvre à voir, revoir et relire

Giorgio (Lino Capolicchio) et Micol (Dominique Sanda) dans

ARTE – LUNDI 4 JUILLET À 20H50 – FILM

Revoir Le Jardin Finzi-Contini (1970) est de plonger dans une réflexion sans fin sur les limites de l’adaptation cinématographique d’un chef-d’œuvre de la littérature mondiale. Soit deux génies incontestables : Giorgio Bassani (1916-2000), équivalent d’un Proust transalpin ; et Vittorio De Sica (1901-1974), qui a remporté l’Ours d’or à Berlin et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1971 avec ce film.

Quel lien peut-il y avoir entre l’univers tremblant et brumeux de Bassani, entièrement centré sur la petite communauté juive de Ferrare, dans le nord de l’Italie, et celui, plus méridional, d’un réalisateur qui s’est fait le chantre de l’identité napolitaine ?

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L’écrivain s’est senti trahi, même s’il a lui-même demandé au réalisateur et participé à l’écriture du scénario. Celui-ci raconte l’inexorable enfermement d’une famille juive qui, alors que les lois raciales furent promulguées en 1938 par Benito Mussolini, s’est presque volontairement cloîtrée dans sa grande propriété, réinventant le ghetto, acceptant la fin tragique qui l’attend.

Peu de nuances

Les personnages ont été standardisés autour de quelques traits de caractère, vraisemblablement pour améliorer l’efficacité narrative. Micol (Dominique Sanda) semble renoncer à l’amour par entêtement, alors que c’est la conscience de son destin futur qui en est la cause ; pâle et fiévreux, Alberto (Helmut Berger), son frère, semble répéter de futures scènes du Louis (1973), de Luchino Visconti. Malnate (Fabio Testi) n’est-il pas un peu trop viril, même s’il incarne un fier militant communiste ? Enfin, Giorgio (Lino Capolicchio) est, au contraire, un peu terne.

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Les matchs de tennis, qui réunissent des jeunes de la communauté juive exclus de leur club, ainsi que leurs amis, sur la propriété des Finzi-Contini, sont filmés, selon le critique de la Monde de décembre 1971, “avec la platitude d’un reportage sportif”. Disons qu’aucun des acteurs ne sait tenir une raquette, alors que Bassani était un joueur habile…

Ferrare, ville entourée de ses murailles, est peu visible, alors qu’elle est l’élément essentiel de l’œuvre de Bassani (qui appellera une partie de son œuvre Le Romain de Ferrare). “Le jardin trahi”fulminait l’écrivain, dans un article au vitriol, furieux de ce qu’il considérait comme des trahisons.

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Un demi-siècle plus tard, le film n’a rien perdu de ses défauts. Il manque sans doute de longueur et de langueur. Une heure et demie ne suffit pas pour exprimer les nuances, faire exister un décor et des personnages jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Mais ces failles ont l’immense avantage de favoriser la (re)lecture d’une fiction secrète et puissante, tremblante et diaphane, où la mémoire de la réalité vaut plus que la réalité elle-même.

Le Jardin Finzi-Contini, de Vittorio De Sica (It.-All., 1970, 90 min). Avec Dominique Sanda, Helmut Berger, Lino Capolicchio. Sur Arte.tv jusqu’au 2 août. Suivi documentaire A la recherche du jardin des Finzi-Continià 22h25

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